page créée le 12 mai 2003
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Anders Zorn, Dans le port d'Alger, 1887
aquarelle, H. 0,670 m ; L. 0,410 m,
Collection particulière

        Le peintre suédois Anders Zorn (1860-1920) a exécuté cette aquarelle lors de son passage à Alger, en 1887. A première vue, celle-ci offre un style suranné puisque, à cette date, il n’est plus vraiment question de rêves arabisants, de phantasmes dans le sérail, de langueur torride ou de froide cruauté. Même s'il n'a pas complètement disparu, l’orientalisme a définitivement connu ses plus beaux jours sous de nombreux pinceaux, dont ceux d'Ingres, Delacroix, Chasseriau, Decamps, Gérôme…
        Pourtant, l’aquarelle de Zorn est-elle réellement une œuvre orientaliste ? Regardons-la de plus près. Quels sont les détails qui nous indiquent que nous avons affaire à un thème issu de l'Orient ? Ils sont réellement bien peu nombreux : ce sont les vêtements des femmes au premier plan et le titre. Même le costume de l’homme dans la barque ne donne pas d'indication sur le lieu ; même l’architecture dans le fond n'est en rien pittoresque, (seule la coupole blanche d'une mosquée - celle d'al-Kébir - donne véritablement une touche de couleur locale). Ne serait les habits des deux femmes, nous pourrions nous croire dans n’importe quel port d’Europe.
        On s’étonne alors de voir que, de passage dans cet Orient qui a fait rêver plus d’un artiste, Zorn ne trouve digne d’intérêt qu’une scène où les caractères locaux sont à peine visibles. Pourtant, Alger offre à cette époque beaucoup de typicité pour un artiste voulant donner dans l'orientalisme. Même Auguste Renoir, quelques années auparavant, avait pris pour motifs des lieux pittoresques comme la mosquée de Sidi Adb-er-Rahman ou la nature exhubérante du Jardin d'Essai. De toute évidence, Zorn a dédaigné une thématique trop orientale et préféré une vision moins idéalisée que celle présentée par les peintres qui l’ont précédé. Il se plaît tout de même à figurer les vêtements et les bijoux des deux femmes, seule concession à la couleur locale.
        L’artiste agit là en parfait peintre naturaliste, délaissant les rêves d’encens pour se concentrer sur une scène plus commune. D’ailleurs cette aquarelle offre toutes les caractéristiques d’une œuvre naturaliste et principalement l’impression qu’il s’agit d’une photographie (il est même quasiment certain que Zorn a copié une photographie, mais je n'ai pas effectué les recherches nécessaires pour en avoir la confirmation) : l’action prise sur le vif (la femme au centre est-elle assise sur une marche plus haute ou en train de s’asseoir ou de se lever ?), renforcée par le cadrage subjectif coupant la robe de la femme sur la gauche et la barque sur la droite ainsi qu'une technique très « léchée » qui ne laisse aucun détail inachevé.
        De plus, on remarquera l’influence, devenue inévitable, de l’art japonais, perceptible dans le format en hauteur et l’impression de frontalité que ne gêne en rien la perspective du quai sur lequel les deux femmes sont situées (pour comprendre l'effet de ce dernier détail, il faut voir que l’artiste n'a pas utilisé les caractéristiques de la perspective : les lignes de fuite sont rares d’où la perception du quai comme une surface plane).
        Ainsi, cette aquarelle d’Anders Zorn, malgré l’impression assez banale que peut laisser son thème, joue avec la culture artistique du spectateur : il ne s’agit pas d’une réelle œuvre orientaliste (comme l’ont voulu les peintres précédents) et malgré son apparence « photographique » au fini plus que parfait, elle n’est pas non plus une peinture académique puisqu’elle joue, tout comme de nombreux tableaux de la même époque, sur la bidimensionalité du plan en récusant magistralement toute fausse impression de perspective. Toutefois, Anders Zorn ne joue pas non plus l'impressionniste. S’il reprend quelques effets, il les utilise dans une esthétique qui lui est propre est qui fait de lui un des artistes les plus intéressants de la période fin-de-siècle.

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