page créée le 24 août 2003
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On
sait que les Allemands ont d’autres habitudes touristiques que les
Français. En effet, quand les derniers préfèrent
se déplacer à l’intérieur de leurs frontières
nationales – quelques fois mêmes à quelques kilomètres
seulement de leur lieu d’habitation –, les Allemands préfèrent
entreprendre une plus longue migration dont le but se trouve généralement
en dehors des fontières de leur pays. Cette différence de
comportement touristique est souvent expliquée par deux faits :
premièrement, les Français ne parlant généralement
que leur langue natale ont peur de ne pas se faire comprendre à
l’étranger et, deuxièmement, la France offrant presque
tous les paysages et les facilités des autres pays européens,
il n’est pas besoin de se déplacer très loin. Bien
évidemment, ces raisons n’expliquent pas à elles-seules
le comportement français et la différence avec celui des
Allemands. En effet, si l’Allemagne offre en effet beaucoup moins
de diversités de paysages (et surtout en ce qui concerne les côtes),
les Allemands peuvent difficilement prétendre avoir plus de facilités
avec les langues étrangères.
Je pense qu’il faut
plutôt voir chez les uns et les autres une différence flagrante
dans la perception de leur pays respectif. Il est en effet un secret pour
personne que les Français aiment leur pays, sans pour autant faire
preuve d’un nationalisme acharné. Des siècles de culture
gallocentriste ininterrompue ont fait leur travail. Par contre, en Allemagne,
le sentiment national est bien plus vague. Une longue tradition d’indépendance
des états qui constituent aujourd’hui la fédération
en est la première cause : en Allemagne, on se sent de Bavière,
de Saxe, de Rhénanie, de Hesse etc. avant d’être Allemand.
De plus, il est évident que la seconde guerre mondiale et le Nazisme
ont pour longtemps blessé la fierté nationale. Durant l’épisode
tragique du Reich, les valeurs nationales et historiques ont été
durablement et profondément exarcerbées. Enfin, les bombardements
intensifs des Alliés ont complètement rasé de nombreux
édifices vénérables qui faisaient l’orgueil
du pays et étaient porteurs du passé et de la culture. Ainsi,
outre-Rhin, sentir la moindre velléité tant nationale qu’historique
(le fameux « bon vieux temps ») passe d’une façon
diffuse pour une nostalgie du troisième Reich. Pour être
clair, les Allemands ont honte de leur passé et par là même,
ils ont honte de leur pays ou du moins, il en ont une image assez négative,
dont la météorologie n’est que la partie visible.
Mais attention, on entend peu les Allemands dire que leur pays est un
pays brumeux et froid, mais par contre on les entend souvent rêver
de pays ensoleillés et en particulier ceux du pourtour méditerrannéen.
Ainsi le tourisme est-il
l’une des branches les plus florissantes de l’économie
de l’Allemagne. On ne compte en effet pas le nombre d’agences
de voyage présentes dans chaque ville et les petites annonces des
journaux proposant des maisons à louer dans de nombreux pays ;
l’internet national croule sous les propositions alléchantes
de toutes sortes et surtout, dès l’arrivée des beaux
jours, les panneaux publicitaires se couvrent d’affiches où
s’ébattent des familles heureuses dans une eau bleue de lagon,
sous un soleil rieur et sur une plage de sable chaud.
A ce propos, il n’est
évidemment par rare de voir des affiches pour des séjours
quatre étoiles dans les stations balnéaires de Turquie.
Il en est même une dont le slogan annonce « Kein Traum kann
schöner sein (Aucun rêve ne peut être plus beau) ».
Que la Turquie soit un véritable rêve pour les Allemands
n’est vraiment pas une surprise par contre que ces placards s’affichent
dans les quartiers populaires où s’entassent les familles
immigrées turques laisse l’observateur pour le moins dubitatif.
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