page créée le 27 avril 2003
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Le Teufelsberg de Berlin, le cimetière d'une ville.

        A Berlin, il est une colline qui s'appelle le Teufelsberg, la montagne du Diable. Ce nom lui a été donné à cause de la proximité du Teufelssee, le lac du Diable. Il lui va parfaitement, non pas que les démons y fassent des apparitions fréquentes, mais bien parce qu'elle est formée de 26 millions de mètres cube des gravas des immeubles de la ville laissés par la deuxième guerre mondiale, dans la seule partie ouest (à l'est il existe aussi une telle colline de moindre grosseur dans le parc de Friedrichshain). Le Diable, qui préside à tous les malheurs et à toutes les destructions, peut donc légitimement laisser son nom à cet endroit.
        Le Teufelsberg se situe à l'ouest de la ville, au nord de l'énorme forêt de Grunewald qui longe la Havel. Il ensevelit le bâtiment de la faculté des techniques de la défense voulu en 1937 par Hitler et jamais terminé. Créée entre 1950 et 1972 et aménagée en espace vert jusqu'en 1976, la colline recouvre 110 ha et domine la ville de ses 115 m au-dessus du niveau de la mer, ce qui fait d'elle, avec les Müggelberge situés à l'opposé géographique, le point culminant de la ville de Berlin. Il est d'ailleurs amusant de voir que, dans cette région si plane, la plus haute des collines soit artificielle. De part cette position stratégique, les Américains y ont installé une station radar et les Berlinois jouissent d'un lieu privilégié pour pouvoir pratiquer l'escalade, le VTT et le cerf-volant en été et le ski en hiver.
        Toutefois, malgré l'ambiance de congés-payés qui a fini, comme toujours, par prendre le dessus, l'orgine de cette colline est encore bien visible lorsqu'on monte par la face nord et non pas par la "route". Sous les pas des visiteurs, de nombreux morceaux de pierres taillées, de briques, de tuiles affleurent du sol. Ceci ne manque pas de rappeler que sous les pieds repose une autre ville de Berlin, la première ; celle dont tous les vieux Berlinois parlent avec des trémolos dans la voix, parce qu'avec elle, gît leur passé, qui, même s'il est entâché de bien sombres épisodes, leur appartient entièrement. Et, une fois au sommet de la colline, on peut contempler ce qu'on ne peut réaliser en se promenant dans les rues de la ville et ce que les chiffres n'arrivent pas à exprimer : la réalité de Berlin en 1945. Une capitale de 2 millions d'habitants détruite à 70% en deux ans (1943-1945), avec ses rues emcombrées de débrits divers, laissant quelques pans de murs encore debout et dans lesquels déambulait une population abasourdie, choquée et sans logis.
        Ces pensées amènent alors à imaginer quelques archéologues découvrant et fouillant cette colline dans mille ans. Que leur inspireront ces vestiges ? Ce sont de tout évidence ceux d'une ville mais leurs études ne permettront certainement pas d'en déterminer ni le plan, ni l'habitat et encore moins le mode de vie des habitants.

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