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En
Allemagne, la culture française a depuis longtemps la cote. Tout
ce qui provient, rappelle, dénote d'un mode de vie français,
réel ou phantasmé, est considéré comme excellent.
C’est le fameux bon goût - en français dans
le texte. Cela touche naturellement tout ce qui concerne les arts culinaires
– même si, dans l’esprit des Allemands, la France le
dispute à l’Italie et d'autres pays méditerranéens
: Espagne, Grèce, Turquie (mais la différence entre la France
et ces pays est la suivante : dans les uns on mange bien à bon
marché, dans l'autre on mange bien mais cher) - ; ainsi que les
arts et la culture et bien évidemment l'amour. C’est-à-dire,
finalement le savoir-vivre - en français dans le texte.
D'ailleurs, il y a une expression allemande qui dit "comme Dieu en
France". Que la France soit considérée comme l'Eden,
voila qui ne laisse pas d'étonner.
L'ambassadrice
de cette image idyllique est la langue française elle-même.
Elle est pour les Allemands la plus belle langue : agréable à
l'oreille, charmante, douce, tendre, chaleureuse, poétique voire
réellement érotique...
Dans notre
société capitaliste actuelle, les publicitaires allemands
de tout poils se servent bien évidemment de cette vision de la
France et de sa culture pour vendre des produits ayant de près
ou de loin un rapport avec le pays de Caude Monet, de Jean Gabin et de
Jean-Paul Sartre.
Ainsi, certains
aliments ont reçu des noms français, ou à consonance
française et avant tout le fromage. On trouve ainsi, à côté
de fromages d'autres pays (et principalement les merveilleux fromages
nordiques au goût si raffiné qu'il en paraît totalement
absent) du brie et du camembert de la marque Escapade (un mot qui est
entré dans la langue allemande), mais aussi Roi de trèfle,
le Coq de France et même du bleu Creme Royale fabriqué au
Danemark... On n'a pas manqué de faire figurer sur l'étiquette
les couleurs bleu blanc rouge ou des fleurs de lys, sans pour autant vouloir
faire moderne ou réactionnaire. Toujours est-il que les produits
qui se cachent sous cette étiquette se rapprochent pour certains
plus du plastique que de la pâte onctueuse et goûtue d'un
bon fromage.
Par contre
le vin reste bien français et ne souffre pas d'ersatz
allemand au nom doucement francophone. Cela provient du fait que le vin
est protégé par une A.O.C. et que toute contrefaçon
est punie par la loi. Ainsi les supermarchés sont-ils fournis soit
en véritable bons vins français dont le prix élevé
défie toute concurrence soit en mauvais vins français pressés
dans la région productrice et transportés en cuve en Alsace
pour y être mis en bouteille, ce qui laisse présager de leur
qualité. Mais finalement, à tout prendre, à moins
de faire preuve d'une francophilie à tout crin, on peut aussi boire
du bon vin d'Italie, d'Espagne, du Chili, d'Afrique du Sud, d'Australie,
des Etats-Unis, du Canada et d'Allemagne pour un rapport qualité/prix
très raisonnable.
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Au rayon de
la douceur, qui est le prémisse de l'amour, on peut utiliser l'adoucissant
Sentinell [sic] pour laver ses vêtements. Il faut entendre dans
ce mot la musique mais aussi la proximité de son avec le mot senteur
et non pas y voir des connotations militaires, voire, pour les plus graveleux,
scatologiques (ce qui n'est évidemment pas des plus vendeur pour
une marque de lessive). Mais les Allemands ne sont pas censés parler
l'argot et même si un bon nombre de mots français du langage
militaire est entré dans leur langue, sentinelle est resté
de l'autre côté du Rhin. Ce mot évoque alors le parfum
(produit purement français), les senteurs des fleurs, des légumes
et des fruits sur les étalages des marchés de village.
Dans
un autre registre, les Français passent en Allemagne pour être
de gros fumeurs. Il n'est alors pas étonnant de trouver une marque
de cigarette qui s'apelle Cabinet. Ici encore, il s’agit évidemment
d’une référence au fumoir, une pièce que toute
maison digne de ce nom en France se doit de comporter, où l’on
peu être à son aise pour fumer après le repas et non
pas un clin d'oeil aux toilettes où l’on se cache pour tirer
quelques taffes sur sa clope...
A propos des
toilettes, on peut aussi voir que la francophilie allemande atteint des
produits que l’on n'aurait pas soupçonnés ; c’est
le cas du papier-toilettes. Il est vrai, en y réfléchissant
deux secondes, que le domaine de la douceur n’est pas réservé
au brie, à la lessive ou au parfum et que le papier- toilettes
est quelque chose qui a aussi des prétentions à la douceur.
Cependant, quand il s’appelle Vitess [sic], le rapport avec la douceur
est bien loin. Là, je dois dire que je suis longtemps resté
perplexe. Vitess, Pourquoi Vitess ? Le temps imparti serait-il compté
? Ou est-ce en rapport avec les qualités de glisse dudit papier
qui lui auraient valu ce nom ? Je dois dire que mes interrogations sont
restées sans réponse.
En tout cas,
il me semble clair que, quand il s’agit de papier-toilettes, les
Allemands ne manquent pas d’humour, puisqu’on peut aussi trouver
dans certains magasins la marque Happy-end. Là, la francophonie
a disparue, mais, on l’aura compris, ce n’est pas la peine
de réfléchir des heures et des heures sur la portée
eschatologique de ce nom pour comprendre le message. |