page créée le 14 mars 2003
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          En Allemagne, la culture française a depuis longtemps la cote. Tout ce qui provient, rappelle, dénote d'un mode de vie français, réel ou phantasmé, est considéré comme excellent. C’est le fameux bon goût - en français dans le texte. Cela touche naturellement tout ce qui concerne les arts culinaires – même si, dans l’esprit des Allemands, la France le dispute à l’Italie et d'autres pays méditerranéens : Espagne, Grèce, Turquie (mais la différence entre la France et ces pays est la suivante : dans les uns on mange bien à bon marché, dans l'autre on mange bien mais cher) - ; ainsi que les arts et la culture et bien évidemment l'amour. C’est-à-dire, finalement le savoir-vivre - en français dans le texte. D'ailleurs, il y a une expression allemande qui dit "comme Dieu en France". Que la France soit considérée comme l'Eden, voila qui ne laisse pas d'étonner.
          L'ambassadrice de cette image idyllique est la langue française elle-même. Elle est pour les Allemands la plus belle langue : agréable à l'oreille, charmante, douce, tendre, chaleureuse, poétique voire réellement érotique...
          Dans notre société capitaliste actuelle, les publicitaires allemands de tout poils se servent bien évidemment de cette vision de la France et de sa culture pour vendre des produits ayant de près ou de loin un rapport avec le pays de Caude Monet, de Jean Gabin et de Jean-Paul Sartre.
          Ainsi, certains aliments ont reçu des noms français, ou à consonance française et avant tout le fromage. On trouve ainsi, à côté de fromages d'autres pays (et principalement les merveilleux fromages nordiques au goût si raffiné qu'il en paraît totalement absent) du brie et du camembert de la marque Escapade (un mot qui est entré dans la langue allemande), mais aussi Roi de trèfle, le Coq de France et même du bleu Creme Royale fabriqué au Danemark... On n'a pas manqué de faire figurer sur l'étiquette les couleurs bleu blanc rouge ou des fleurs de lys, sans pour autant vouloir faire moderne ou réactionnaire. Toujours est-il que les produits qui se cachent sous cette étiquette se rapprochent pour certains plus du plastique que de la pâte onctueuse et goûtue d'un bon fromage.
          Par contre le vin reste bien français et ne souffre pas d'ersatz allemand au nom doucement francophone. Cela provient du fait que le vin est protégé par une A.O.C. et que toute contrefaçon est punie par la loi. Ainsi les supermarchés sont-ils fournis soit en véritable bons vins français dont le prix élevé défie toute concurrence soit en mauvais vins français pressés dans la région productrice et transportés en cuve en Alsace pour y être mis en bouteille, ce qui laisse présager de leur qualité. Mais finalement, à tout prendre, à moins de faire preuve d'une francophilie à tout crin, on peut aussi boire du bon vin d'Italie, d'Espagne, du Chili, d'Afrique du Sud, d'Australie, des Etats-Unis, du Canada et d'Allemagne pour un rapport qualité/prix très raisonnable.

          

 

 

 


          Au rayon de la douceur, qui est le prémisse de l'amour, on peut utiliser l'adoucissant Sentinell [sic] pour laver ses vêtements. Il faut entendre dans ce mot la musique mais aussi la proximité de son avec le mot senteur et non pas y voir des connotations militaires, voire, pour les plus graveleux, scatologiques (ce qui n'est évidemment pas des plus vendeur pour une marque de lessive). Mais les Allemands ne sont pas censés parler l'argot et même si un bon nombre de mots français du langage militaire est entré dans leur langue, sentinelle est resté de l'autre côté du Rhin. Ce mot évoque alors le parfum (produit purement français), les senteurs des fleurs, des légumes et des fruits sur les étalages des marchés de village.

          

          Dans un autre registre, les Français passent en Allemagne pour être de gros fumeurs. Il n'est alors pas étonnant de trouver une marque de cigarette qui s'apelle Cabinet. Ici encore, il s’agit évidemment d’une référence au fumoir, une pièce que toute maison digne de ce nom en France se doit de comporter, où l’on peu être à son aise pour fumer après le repas et non pas un clin d'oeil aux toilettes où l’on se cache pour tirer quelques taffes sur sa clope...
          A propos des toilettes, on peut aussi voir que la francophilie allemande atteint des produits que l’on n'aurait pas soupçonnés ; c’est le cas du papier-toilettes. Il est vrai, en y réfléchissant deux secondes, que le domaine de la douceur n’est pas réservé au brie, à la lessive ou au parfum et que le papier- toilettes est quelque chose qui a aussi des prétentions à la douceur. Cependant, quand il s’appelle Vitess [sic], le rapport avec la douceur est bien loin. Là, je dois dire que je suis longtemps resté perplexe. Vitess, Pourquoi Vitess ? Le temps imparti serait-il compté ? Ou est-ce en rapport avec les qualités de glisse dudit papier qui lui auraient valu ce nom ? Je dois dire que mes interrogations sont restées sans réponse.
          En tout cas, il me semble clair que, quand il s’agit de papier-toilettes, les Allemands ne manquent pas d’humour, puisqu’on peut aussi trouver dans certains magasins la marque Happy-end. Là, la francophonie a disparue, mais, on l’aura compris, ce n’est pas la peine de réfléchir des heures et des heures sur la portée eschatologique de ce nom pour comprendre le message.

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