page créée le 16 avril 2007
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Joaquín Sorolla, Instantané, Biarritz, 1906,
huile sur toile, H. 0,620 m ; L. 0,935 m,
Madrid, Museo Sorolla

Peintres de la lumière, Sargent et Sorolla, Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, 15 février-13 mai 2007

        La reconnaissance de peintres moins célèbres de la fin du 19e siècle continue bon an mal an avec cette exposition qui propose de juxtaposer des œuvres de John Singer Sargent (1856-1925) et de Joaquín Sorolla (1863-1923). La raison de cette juxtaposition n'est pas évidente, si ce n'est de trouver une ressemblance dans les œuvres de ces artistes qui ne se connaissaient pas et d'y découvrir de nombreux points communs. Pourquoi pas, après tout...
        Mais dès le départ, cette idée m'effraya quelque peu. N'allai-je pas subir une comparaison en règle avec une salle réservée au premier artiste puis une autre au second et ainsi de suite, avec un nombre parfaitement égal d'œuvres de l'un et de l'autre. Le début de l'exposition n'écarta pas cette crainte, au contraire. Pour présenter les deux peintres, on a tout d'abord droit à une présentation à l'amiable des deux œuvres : des peintures pleines de soleil de l'Espagnol (avec une thématique sociales dans ses premières années), on passe à celles inspirées par L'Espagne (Velázquez…) de l'Américain. Passons outre et admirons les thèmes et la technique des deux peintres. Les premiers sont des vues de la vie quotidienne (les scènes de plage de Sorolla éveillent de doux souvenirs). La technique, quant à elle, est largement inspirée par les impressionnistes que les deux peintres ont côtoyés : les coups de pinceaux sont larges, le soleil irradie, les points de vue sont recherchés. On voit déjà ce qui les rapproche mais aussi ce qui les différencie. Sorolla recherche une technique plus libre, où les détails peuvent étonnement se fondre dans un bloc, une masse colorée qu'il n'est pas toujours facile à reconnaître. Sargent, quant à lui, reste plus conventionnel.
        Au milieu de l'exposition, deux salles montrent les deux grands travaux officiels commandés aux deux artistes : la décoration de la Boston Public Library (1890) pour Sargent et l'Hispanic Society de New York (1911) pour Sorrola. Il y a là peu de sujet à comparaison, si ce n'est de comprendre que les deux peintres sont reconnus par les autorités. Passons.
        Dans la salle suivante, la mise en regard de portraits bourgeois est beaucoup plus convaincante. Sur ces toiles, qui peuvent parfois atteindre des tailles importantes ( 2,26 m sur 3,33 m pour La Famille de Rafael Errázuriz de Sorolla), nos deux peintres ne se complaisent pas dans l'étalement des faces bourgeoises au milieu de leurs riches appartements. Ce sont pour eux le moyen de recherches artistiques dans le montage de composition (avec une évidente influence des Ménines) que dans les couleurs (ce rouge magnifique chez Sorolla) ou dans la richesse des textures (rendue à peu de frais chez Sargent).
        Ces nombreux portraits (ils représentent certainement dans l'exposition la même proportion que dans leur carrière) montrent de plus que les deux peintres sont définitivement bien en cour et que c'est pour eux, comme pour beaucoup d'autres, leur principal gagne-pain et c'est ce qui a causé leur oubli dans le 20e siècle.
        Enfin, une exposition sur Sargent ne pouvait pas ne pas présenter quelques-unes de ses superbes aquarelles si finement peintes (regardez les Petits palmiers de 1917, magnifique !). De l'autre côté, on découvre les études de jardins (dont entre autres, ceux de l'Alhambra de Grenade) de Sorolla, là encore baignés du soleil écrasant de l'Andalousie.
        La juxtaposition que je craignais au départ a-t-elle donné tout ce qu'on attendait d'elle ? La réponse ne saurait être franche. Malheureusement, Sargent n'en sort pas vainqueur. Ses coloris à l'anglaise paraissent bien fades à côté des luminances de Sorolla. Par ailleurs, la technique trop tendre de l'Américain a du mal à s'affirmer face à une certaine sauvagerie (ou du moins, plus grande liberté) de l'Espagnol. Ce dernier apparaît finalement comme beaucoup plus artiste que son « concurrent ». On le voit plus souvent jouer avec la composition comme avec les couleurs, si bien que, quelquefois, ses motifs deviennent secondaires pour laisser la place aux petits jeux de l'art.

catalogue : 336 pages, 345 ill., 49 €
site internet : Petit Palais
Pour en savoir plus sur Sargent : John Singer Sargent virtual gallery (en anglais)
Pour en savoir plus sur Sorolla : Museo Sorolla (en espagnol)
Pour en savoir un peu plus sur John singer Sargent
Lire la critique de l'exposition Sargent and Venice à Venise

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