page créée le 20 août 2003
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Ilya Répine,
L'Ukrainienne, 1875,
huile sur toile,
Moscou, Musée Pouchkine.
Ilja Repin, Auf der Suche nach Russland (Ilia Répine, à
la recherche de la Russie), Berlin, Alte Nationalgalerie,
15 août – 2 novembre 2003.
En
parcourant les salles de cette exposition, on comprend vite quel fut le
parcours du peintre russe Ilia Répine (1844-1930) : c’est
a peu près le même que beaucoup d’artistes européens
(et non Français) de ses contemporains. Après une éducation
artistique académique dans son pays natal (dans le cas de Répine,
à l’Académie de Saint-Pétersbourg) et après
avoir exécuté quelques tableaux, le peintre part pour Paris
(en l’occurrence en 1874, grâce à l’obtention
d’une bourse de l’Académie). Là, il rencontre
l’avant-garde impressionniste et naturaliste qui lui ouvre les yeux
devant les nouvelles possibilités artistiques. De retour dans son
pays, il réutilise les « récettes » apprises
en France qu’il sait accomoder à son style propre et à
des thèmes particuliers issus de l’histoire et du folklore
local.
Cependant, malgré ce schéma prévisible, c’est
justement la façon dont ces peintres, et, en ce qui nous concerne,
Ilia Répine, marient les innovations parisiennes avec leur savoir-faire
et avec des thèmes qui paraîssent exotiques à des
Français.
De retour en Russie, Ilia Répine s’attache donc à
créer des œuvres dont la technique doit beaucoup à
cette jeune peinture française et à Edouard Manet en particulier,
mais aussi aux maîtres anciens qu’il a vus à Rome et
à Londres (dont Titien et Rembrandt). On y voit
une liberté assurée de la touche, une pâte assez épaisse
ou, au contraire, la toile laissée vierge et des couleurs très
contrastées. L’influence française se voit aussi dans
les genres qu’il aborde tout au long de sa carrière. Ce sont
des portraits, dont pour une bonne partie de l’intelligentsia de
son pays : des écrivains (Tourguéniev, Tolstoï), des
musiciens (Rubinstein, Moussorgski), des collectionneurs (son ami et mécène
Tretiakov), des scientifiques (Pavlov), des bourgeois et des bourgeoises…
; des scènes de genre contemporaines, qu’il préfère
choisir dans la campagne de la Russie, qui apparaît
si intemporelle, plutôt que dans les grandes métropoles
; ainsi que des paysages.
En parallèle, Répine peint aussi quelques scènes
de l’histoire russe dont La Tsarine Sophia Alexeievna au couvent
de Novodevitchy (1879) est ici exposée. On regrettera à
ce propos de ne pas voir plus de ces grandes toiles historiques dont sont
montrées quelques études préparatoires : Ivan le
terrible et son fils le 16 novembre 1581 (1885) ou Les Cosaques écrivant
une lettre au sultan turc (1891). Même si elles sont rares dans
sa carrière et s'il est dangeureux pour elles de les faire voyager,
leur présentation aurait permis l’appréhension d’une
facette de l’art du peintre que l'on a sinon du mal à cerner.
Grâce aux textes disposés dans les salles de l’exposition,
on comprend tout de même que ces toiles ne sont pas véritablement
de grandes machines classiques. Il s’agit plutôt de représentations
anecdotiques largement inspirées de la peinture allemande de la
même époque. Des représentations anecdotiques qu’il
faut tout de même savoir lire pour comprendre le drame qui se trame
en arrière.
Cependant, loin de vouloir dépeindre un passé idéalisé
de son pays, Répine donne plutôt des critiques camouflées
de la politique tsariste de la fin du XIXe siècle. En effet, dans
les années 1880, il se range au côté des réformateurs
sociaux pour une démocratisation de la politique russe. Cet engagement
se voit d’ailleurs ébranlé en 1905, à la suite
du dimanche sanglant, mais connaît un regain d’espoir à
la chute du Tsar en 1917, avant la prise du pouvoir des Bolchéviques.
Cet espoir amène Répine à peindre le portrait du
président du gouvernement provisoire Alexandre Kerenski en septembre
de cette même année.
A ce propos, les commissaires de l’exposition se sont attachés
à présenter un assez grand nombre d’œuvres datant
de la fin de la vie de l’artiste. Une époque qui paraît
moins intéressante due au fait que le peintre soit devenu un «
officiel » : entre 1894 et 1907, il est directeur de l’Ecole
supérieure près l’Académie des beaux-arts et
où il exécute un grand nombre de portraits. Toutefois, ce serait
oublier qu’il est toujours un contestataire qui, en accord avec
sa volonté de renouvellement de la société russe,
représente des thèmes plus politiques comme La Séance
du Conseil d’état du 7 mai 1901, le jour du centenaire de
sa création (1903), La Dispersion de la manifestation, dimanche
sanglant (1905), L’Enterrement rouge (1905-06) ou La Manifestation
du 17 octobre 1905 (1906) et où, au niveau artistique, il se cherche
de nouveaux moyens d’expression : une touche plus libre en peinture
et l’emploi du fusain et de la sanguine pour le dessin.
A propos du dessin, il faut noter que l’exposition est agrémentée
de nombreux et très beaux dessins et études préparatoires
qui permettent non seulement de connaître des œuvres qui ne
sont pas exposées ou encore de comprendre le processus créatif
de Répine, mais aussi de rentrer plus directement dans son intimité.
Ainsi voit-on Maxime Gorki lisant son drame Les Enfants du soleil (1905)
dans la maison même du peintre à Kuokkala ou une de ces voisines
(vraisemblablement Maria Albertova Fiodorova) Au Clavier (1905).
Enfin, ajoutons que le musée de Berlin a eu l’idée
d’inclure une présentation d’œuvres françaises
(Monet, Manet, Renoir…) et allemandes (Menzel, Knaus, Liebermann...)
issues de ses propres collections et que Répine a vraisemblablement
vues lors de ses déplacements à Paris et à Berlin.
Toutefois, malgré un aspect didactique certain, cette idée
paraît faire plutôt remplissage dans une exposition comptant
tout de même une centaine d’œuvres mais qui n’arrive
pas à remplir à elle seule le premier étage du musée.
Catalogue en allemand, 224 pages, 160 reproductions, 19,90 euros.
site internet : www.smb.spk-berlin.de