page créée le 22 mai 2003
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Pablo Picasso, Le Pullover jaune,
huile sur toile,
Berlin, collection Berggruen

Picasso, aus der Sammlung Berggruen zu Gast in der Neuen Nationalgalerie (Picasso, la collection Berggruen invitée à la Nouvelle Galerie nationale), Berlin, Neue Nationalgalerie, 11 mars – 25 mai 2003.
        Est-ce le fin du fin de l’escroquerie dans le monde des expositions artistiques ? Un musée berlinois reçoit une partie de la collection d’un autre musée berlinois. Et pas n’importe laquelle, il s’agit d’œuvres de Pablo Picasso. D’ailleurs, la collection de Picasso du marchand d’art Heinz-Berggruen est le joyau du musée de Berlin qui porte son nom. Tous les amateurs de l’artiste espagnol la connaissent, elle est importante, incontournable et toujours bien présentée dans les locaux (peut-être trop exigus) de Berlin-Charlottenburg.
        Dois-je dire mon avis sur une énième exposition de Picasso ?
        Bien sûr on pourra prétendre que comme le site de Charlottenburg est occupé par l’exposition des papiers collés d’Henri Matisse, il était peut-être bon d’exposer Picasso ailleurs et surtout de profiter de cette occasion pour montrer un plus large éventail de ses œuvres (tant peintes que sculptées, dessinées et gravées). Il est vrai que c'est là le véritable point positif de cette exposition : avoir une plus large compréhension de cette collection Berggruen qui couvre toute la vie de Picasso, de sa période bleue aux années précédant sa mort. On apprécie aussi de voir que toute la surface du musée n’a pas été « picassifiée » et que les conservateurs ont eu la bonne idée de mettre dans quelques salles attenantes des œuvres d’autres artistes contemporains, non sans rapport avec Picasso : Matisse, bien évidemment, devenu l’arter-ego, mais en même temps, le contre-exemple depuis l’exposition Matisse-Picasso de Paris ; mais aussi des expressionnistes, des constructivistes, des surréalistes, des expressionnistes abstraits, du hard-edge, du all-over, du colourfield, du gestuel. Tous ces mouvements qui ont subi ou été une influence de ou pour Picasso. On aime surtout la mise en évidence de la filiation entre le maître et l’artiste espagnol Antonio Saura, par la disposition de la tête de mort de ce dernier dans une perspective d’œuvres de Picasso.
        Bien sûr, on se délecte de ces œuvres, de cette carrière exemplaire dont la probité ferait honte à n’importe quel autre artiste. là n’est pas la question. C’est l’aspect purement mercantile de l’affaire qui n’est pas particulièrement reluisant. Surtout qu’il ne peut se couvrir d’aucune prétention scientifique puisque l’histoire de l’art et l’histoire des collections n’y gagnent rien du tout, car aucun catalogue n’est édité à cette occasion. Et pour cause cette collection est déjà savament étudiée, plusieurs ouvrages ont déjà été publiés. Ils sont d’ailleurs en vente et à la boutique de la Neue Nationalgalerie et à la boutique de la Collection Berggruen au côté d’un nombre toujours impressionnant d’autres ouvrages sur l’artiste.
        Les caisses de la culture sont vides à Berlin, ce n’est un secret pour personne. Alors on présente une exposition d’un des grands noms de l’art du XXe siècle (avec l’exposition Matisse qui a lieu au même moment, on a la paire infaillible).
        N’avait-il pas mieux à faire que ce coup d’éclat qui a finalement atteint son unique but : attirer le public et encaisser l’argent ? Pour ma part, j'aurais préféré découvrir ou revoir des œuvres d’autres artistes dont la collection Berggruen n’est certainement pas dépourvue. Mais quand l’argent s’en mêle…
site internet : www.smpk.de (en allemand ou en anglais)

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