page créée le 19 janvier 2003
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Dans ces Considérations esthétiques,
publiées en introduction de son Salon de 1882, réuni
avec celui de 1883 dans un recueil intitulé La Décadence
de l’art, l’art ochlocratique (Paris Camille Dalou, 1888)
le « Sâr » Joséphin Péladan expose sa théorie
de l’art. Celle-ci est simple, voire même simpliste, surtout à
l’époque où il l’écrit ; une époque
où l’art est en plein révolution esthétique. Cette
théorie est celle que des penseurs et critiques, et principalement
Montalembert et Rio, ont avancée tout au long du XIXe siècle
: il n’y a d’art que mystique et religieux et pour mieux dire,
catholique ; et pour empêcher la décadence que l’art connaît,
il faut revenir à la naïveté primitive des peintres italiens
de la fin du Moyen-Age, c’est-à-dire les artistes qui ont créé
avant Raphaël (il cite d’ailleurs des noms : Cimabue, Giotto, Fra
angelico ainsi que Simone Martini (qu'il appelle Memmi) et l’école
de Sienne dans son ensemble). D’ailleurs, selon une idée régulièrement
exposée en son temps, l’art a été primitivement
créé pour les besoins de la religion. Ceci a amené à
penser – et c’est la base de l’Esthétique de Hegel
– que les arts proviennent tous du Temple sacré : l’architecture
tout d’abord, puis la sculpture, la peinture la musique et enfin la
poésie. Pour sa part, l’auteur ne s’en tient qu’à
la peinture, ne délaissant certainement pas les autres expressions,
il fait simplement de la première le paradigme de toutes les autres.
Selon ces mêmes penseurs et critiques catholiques, que Péladan
suit en tout points, la décadence de l’art a commencé
avec ce que lui-même qualifie de « mirage », la Renaissance,
dans laquelle « on croit retrouver l’antiquité, [mais où]
on ne retrouve que Rome, cette caricature d’Athènes. »
Mais pour lui Athènes n’est pas non plus l’exemple qu’il
faut retrouver. La raison ne doit pas être la fin de l’homme.
Sa recherche a fait trop de mal lors de la Révolution de 1789 et tout
au long du siècle pour qu’elle puisse être un guide. Elle
a amené le matérialisme, le positivisme, le réalisme
en art et, selon le titre même de l'ouvrage, l’ochlocratie (du
grec okhlos, foule). Plutôt que la raison, l’amour dans la religion
catholique doit lui être substitué. Et les peintres doivent retrouver
le droit chemin pour pouvoir enfin se comparer aux artistes de la fin du Moyen-Age.
A l’exemple de Lippo Dolmasio, artiste que nous n’avons pas pu
retrouver, un bon peintre catholique ne doit jamais prendre « ses pinceaux
sans avoir jeûné la veille et communié le matin. »
C’est ainsi que l'auteur conspue autant les artistes qui font de la
peinture religieuse sans être croyants (il cite le cas de Bouguereau)
de la même façon que ceux qui se sentent peintres avant d’être
catholiques, puisqu’ils mettent leurs recherches esthétiques
avant l’expression de la foi et font des peintures avant de faire des
icônes. Cela semble être le cas d’Hippolyte Flandrin (élève
préféré d’Ingres et voulu en son temps comme le
peintre catholique par excellence) que Péladan ignore dans sa liste
des peintres croyants de son époque (alors qu’il y place, d’une
façon étonnante, Paul Chenavard !).
L’idée de Péladan peut alors se résumer à
l’idée que l’art dicté à un catholique par
la simplicité de sa foi, « même gauchement sublime »,
sera sans commune comparaison, puisqu’il sera l’expression de
la véritable beauté, celle de Dieu.
Dans ce texte, Joséphin Péladan fait donc preuve d’un
profond sectarisme clérical en rapport direct avec son temps où
l’Etat laîc s’oppose en tout points à l’Eglise.
Et même si les idées qu’ils avancent sur l’évolution
de l’art (nous ne voulons pas employer le mot « décadence
») ne sont pas fausses ni infondées, il semble que son combat
est bien celui d’une arrière-garde, dans le sens où il
désire un retour à la naîveté du Moyen-Age et oublier
plus de trois siècles d'histoire. Il influence pourtant des artistes
comme Maurice Denis et les Nabis qui savent faire leur ce qu'il condamne,
l'étude de l'esthétique de la peinture tout en la combinant
avec une certaine mystique. Ces peintres s’opposent d’ailleurs
en cela à Paul Cézanne, prolongeant dans le début du
XXe siècle l’opposition récurrente tout au long du XIXe
siècle, celle de l’Amour contre la Raison. On le voit, à
la fin du XIXe siècle ces deux tendances profondément humaines
n'ont toujours pas pu être réconciliées, même quand
le poète Victor de Laprade déclarait en 1841 dans son Psyché,
œuvre déjà symboliste, qu'elles étaient «
deux ailes d’or » que l’homme possède pour atteindre
Dieu.

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