Pierre-Olivier Douphis, Résumé
de ma thèse de doctorat,
Paul Chenavard dessinateur ; préparée
sous la direction du professeur Bruno Foucart à l'université Paris IV-Sorbonne et soutenue le 24 novembre 2001.
L’artiste
d'origine lyonnaise Paul Chenavard (1807-1895) est passé tout au
long de sa vie pour « un peintre qui ne peint pas ». En effet, les critiques
de son époque n’ont vu de lui que trois toiles réellement
peintes exposées aux Salons et de rares autres entreposées
dans son atelier. Pourtant, c’est oublier trop vite qu’en un peu plus
de cinq ans, il a produit une quinzaine de toiles dans l’intention de
décorer l’intérieur du Panthéon de Paris. Malheureusement,
il est obligé d’abandonner son projet à la suite du coup
d’Etat du 2 décembre 1851, quand Louis Napoléon rend le
bâtiment de Soufflot au culte catholique. C’est après cette
déception, que l’artiste délaisse la peinture et laisse
se forger la critique du peintre qui ne peint pas. Cependant, il a à
son actif beaucoup plus de tableaux peints qu’on a toujours cru et surtout
un grand nombre de dessins qui prouvent qu’il a été un dessinateur
qui dessinait.
Ainsi, c’est bien
au travers de sa production graphique que l’on peut découvrir
la véritable personnalité de Chenavard. Pour s’en
persuader, il suffit de regarder les grandes toiles qu’il exécute
pour le Panthéon : ce sont des compositions traitées au
fusain et au crayon de terre de Cassel et non des peintures à l’huile.
La Palingénésie
universelle ou
La Philosophie de l’histoire sont les noms
que l’artiste donne à l’ensemble de compositions devant orner les
murs du Panthéon. Les grands hommes de l’Histoire y sont représentés,
donnant l’exemple d’une vie gouvernée par la Raison. Cette vision
est directement inspirée par Hegel, que Chenavard rencontre vers
1827. Durant la monarchie de Juillet, l’artiste travaille à cette
suite de tableaux et à l’occasion de la révolution de Février,
il peut présenter un important ensemble de dessins au ministre
de l’Intérieur. Entre 1849 et 1851, vingt toiles sont exécutées
avec l’aide de trois artistes. Cependant, le coup d’Etat de décembre
empêche de terminer la décoration.
Cet évènement
n’est que le point final d’une lutte menée par ses
confrères artistes, qui l'accusent de dévaloriser la profession
en ne se faisant presque pas payer, et le parti clérical qui s’élève
contre ces représentations panthéistes dans ce qu’il
considère toujours comme un lieu de culte catholique. Dès
1849, l’artiste avait pourtant remplacé quelques scènes
trop polémiques par de nouvelles compositions beaucoup plus acceptables.
Les scènes rejetées nous sont connues grâce à
une description de
Théophile Gautier,
de 1848. A la lecture de ce texte, nous comprenons que plusieurs scènes
ont dérangé : le Christ prêchant à une assemblée
d’hérétiques et libres-penseurs (Savonarole, Luther,
Fénelon, Rousseau…) ; la représentation des Champs-Elysées
païens, ainsi qu’une longue frise débutant par le Chaos
d’où découlent tous les diverses déités de
l’Orient, les demi-dieux, puis les grands hommes jusqu’aux
utopistes contemporains, Saint-Simon et Fourier.
Les autres thèmes
que Chenavard choisit de montrer sont généralement issus
de la tradition classique (
La Mort de Socrate,
Brutus condamnant
ses fils…) mais aussi de la révolution romantique (
Le
Déluge,
L’Inquisition…). D’autres ont rarement été
représentés (
Théodose et saint Ambroise,
Attila devant Rome) ou sont totalement inédits (
Le
Banquet fraternel des nations,
Napoléon dans la barque
de l’Histoire). En outre, on retrouve aussi quelques scènes
religieuses chrétiennes mais aussi des autres croyances (Zoroastrisme,
Islam, Judaïsme). Au travers de cette juxtaposition, Chenavard veut
montrer que toutes les religions dérivent de la même idée
déiste. Elles ne doivent alors pas s’affronter mais fraterniser.
Ces mêmes thèmes se retrouvent aussi dans les quelques autres
tableaux historiques et religieux qu’il peint au cours de sa carrière.
Chenavard exécute
aussi des portraits qu’il réserve à ses amis. Pour
les réaliser, il a une préférence pour le pastel
ou le mélange fusain-sanguine-craie blanche plutôt que l’huile
qui lui demande un temps de réalisation beaucoup plus long. De
plus, en parfait peintre de figure, il délaisse le paysage qui
est la conséquence de la décadence de l’art.
Suite à la déception
du Panthéon, Chenavard essaie de traduire ses idées philosophiques
par la sculpture et l’architecture monumentales. Entre 1853 et 1881,
il s’occupe de la création d’effigies sculptées
de personnes qui sont dignes de rester dans la postérité
(François Arago, les frères de Maistre, les frères
de Musset). Il conçoit aussi un groupe représentant Napoléon
1er devant couronner l’Arc de Triomphe de l’Etoile.
En architecture, il propose
l’édification d’un arc dédié à
la gloire civile et industrielle, une fontaine devant l’église
Saint-Augustin à Paris et un temple de la Raison sur la butte Montmartre.
Ces travaux, auxquels il faut associer le percement d’un canal pour
faire de Paris un port de mer, tendraient à prouver que Chenavard
œuvre en concomitance avec les travaux d’urbanisme de Jacob-Ignace
Hittorff puis ceux du baron Haussmann. Cependant, la dissension entre
ces deux personnes semble avoir empêché la création
de ces monuments.
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