page créée le 12 octobre 2002
modifiée le 30 octobre 2004
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Pierre-Olivier Douphis, Résumé de ma thèse de doctorat, Paul Chenavard dessinateur ; préparée sous la direction du professeur Bruno Foucart  à l'université Paris IV-Sorbonne et soutenue le 24 novembre 2001.

L’artiste d'origine lyonnaise Paul Chenavard (1807-1895) est passé tout au long de sa vie pour « un peintre qui ne peint pas ». En effet, les critiques de son époque n’ont vu de lui que trois toiles réellement peintes exposées aux Salons et de rares autres entreposées dans son atelier. Pourtant, c’est oublier trop vite qu’en un peu plus de cinq ans, il a produit une quinzaine de toiles dans l’intention de décorer l’intérieur du Panthéon de Paris. Malheureusement, il est obligé d’abandonner son projet à la suite du coup d’Etat du 2 décembre 1851, quand Louis Napoléon rend le bâtiment de Soufflot au culte catholique. C’est après cette déception, que l’artiste délaisse la peinture et laisse se forger la critique du peintre qui ne peint pas. Cependant, il a à son actif beaucoup plus de tableaux peints qu’on a toujours cru et surtout un grand nombre de dessins qui prouvent qu’il a été un dessinateur qui dessinait.
        Ainsi, c’est bien au travers de sa production graphique que l’on peut découvrir la véritable personnalité de Chenavard. Pour s’en persuader, il suffit de regarder les grandes toiles qu’il exécute pour le Panthéon : ce sont des compositions traitées au fusain et au crayon de terre de Cassel et non des peintures à l’huile.
        La Palingénésie universelle ou La Philosophie de l’histoire sont les noms que l’artiste donne à l’ensemble de compositions devant orner les murs du Panthéon. Les grands hommes de l’Histoire y sont représentés, donnant l’exemple d’une vie gouvernée par la Raison. Cette vision est directement inspirée par Hegel, que Chenavard rencontre vers 1827. Durant la monarchie de Juillet, l’artiste travaille à cette suite de tableaux et à l’occasion de la révolution de Février, il peut présenter un important ensemble de dessins au ministre de l’Intérieur. Entre 1849 et 1851, vingt toiles sont exécutées avec l’aide de trois artistes. Cependant, le coup d’Etat de décembre empêche de terminer la décoration.
        Cet évènement n’est que le point final d’une lutte menée par ses confrères artistes, qui l'accusent de dévaloriser la profession en ne se faisant presque pas payer, et le parti clérical qui s’élève contre ces représentations panthéistes dans ce qu’il considère toujours comme un lieu de culte catholique. Dès 1849, l’artiste avait pourtant remplacé quelques scènes trop polémiques par de nouvelles compositions beaucoup plus acceptables. Les scènes rejetées nous sont connues grâce à une description de Théophile Gautier, de 1848. A la lecture de ce texte, nous comprenons que plusieurs scènes ont dérangé : le Christ prêchant à une assemblée d’hérétiques et libres-penseurs (Savonarole, Luther, Fénelon, Rousseau…) ; la représentation des Champs-Elysées païens, ainsi qu’une longue frise débutant par le Chaos d’où découlent tous les diverses déités de l’Orient, les demi-dieux, puis les grands hommes jusqu’aux utopistes contemporains, Saint-Simon et Fourier.
        Les autres thèmes que Chenavard choisit de montrer sont généralement issus de la tradition classique (La Mort de Socrate, Brutus condamnant ses fils…) mais aussi de la révolution romantique (Le Déluge, L’Inquisition…). D’autres ont rarement été représentés (Théodose et saint Ambroise, Attila devant Rome) ou sont totalement inédits (Le Banquet fraternel des nations, Napoléon dans la barque de l’Histoire). En outre, on retrouve aussi quelques scènes religieuses chrétiennes mais aussi des autres croyances (Zoroastrisme, Islam, Judaïsme). Au travers de cette juxtaposition, Chenavard veut montrer que toutes les religions dérivent de la même idée déiste. Elles ne doivent alors pas s’affronter mais fraterniser. Ces mêmes thèmes se retrouvent aussi dans les quelques autres tableaux historiques et religieux qu’il peint au cours de sa carrière.
        Chenavard exécute aussi des portraits qu’il réserve à ses amis. Pour les réaliser, il a une préférence pour le pastel ou le mélange fusain-sanguine-craie blanche plutôt que l’huile qui lui demande un temps de réalisation beaucoup plus long. De plus, en parfait peintre de figure, il délaisse le paysage qui est la conséquence de la décadence de l’art.
        Suite à la déception du Panthéon, Chenavard essaie de traduire ses idées philosophiques par la sculpture et l’architecture monumentales. Entre 1853 et 1881, il s’occupe de la création d’effigies sculptées de personnes qui sont dignes de rester dans la postérité (François Arago, les frères de Maistre, les frères de Musset). Il conçoit aussi un groupe représentant Napoléon 1er devant couronner l’Arc de Triomphe de l’Etoile.
        En architecture, il propose l’édification d’un arc dédié à la gloire civile et industrielle, une fontaine devant l’église Saint-Augustin à Paris et un temple de la Raison sur la butte Montmartre. Ces travaux, auxquels il faut associer le percement d’un canal pour faire de Paris un port de mer, tendraient à prouver que Chenavard œuvre en concomitance avec les travaux d’urbanisme de Jacob-Ignace Hittorff puis ceux du baron Haussmann. Cependant, la dissension entre ces deux personnes semble avoir empêché la création de ces monuments.
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Paul Chenavard, Brutus condamnant ses fils,
1849-1853, lavis brun de terre de Cassel, lavis noir
de fusain sur toile, H. 4,50 m ; L. 3,80 m,
Lyon, Musée des Beaux-Arts
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