Page créée le 29 mars 2005
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Georges Seurat, Cirque, 1890-1891,
huile sur toile, H. 1,850 m ; L. 1,520 m,
Paris, Musée d'Orsay
Le Néo-impressionnisme, de Seurat à Paul Klee,
Paris, Musée d’Orsay, 15 mars-10 juillet 2005
Autant l'avouer tout de suite,
je n’aime pas l’art de Georges Seurat ni celui de Paul Signac. Auparavant,
je n’aurais su vraiment dire pourquoi, maintenant grâce à
l’exposition du Musée d’Orsay, j’ai trouvé !
Ils sont tous les deux trop proches de l’art naïf. Ne serait que
la technique révolutionaire de la division systématique des touches
en petits points (d’où les termes divisionnisme et pointillisme), passe encore,
mais la façon de traiter les formes et surtout les formes humaines est, à mon
avis, horripilante. Que l’on regarde Cirque (1891) de Seurat
(exposé ici) et l’on comprendra ce que je veux dire. Mais il n’est
pas de mon devoir de m’acharner sur cette toile maintenant.
De fait, dans les premières
salles de cette exposition, ce sont les autres artistes pointillistes qui paraissent
beaucoup plus intéressants que les deux grands maîtres. C’est
ce qui est visible dès l'entrée. Là, La Seine
au matin (1884) de Charles Angrand fait – sans le vouloir, certainement
– de l’ombre à La Seine à Courbevoie (1885)
de Seurat.
On découvre ainsi aux
côtés des deux grandes pointures des petits points tout un groupe
de peintres tant Français (Albert Dubois-Pillet et son fantastique tableau
Les Tours de Saint-Sulpice de 1887, Louis Hayet, Maximilien Luce, etc.)
qu’étrangers (les Belges Théo van Rysselberghe, Willy Finch,
le Néerlandais Jan Toorop, le Suisse Cuno Amiet et plus tard Anglais,
Allemands, Russes) qui se servent de l’invention chromatique de Seurat
dans des œuvres plus ou moins personnelles. Henri-Edmond Cross part à
la recherche de la lumière de la Méditerranée (voir le
magnifique Les Iles d’or, 1892) avant
de se fourvoyer dans une thématique antiquisante (cf. le Nocturne
au cyprès de 1896), Willy Finch peint son extraordinaire Chenal
à Nieuwport (1889) qui frise avec l’abstraction…
Par ailleurs, il apparaît
que la technique pointilliste ne soit pas bien adaptée à la représentation
de la figure humaine dans son environnement et c’est ce qui choque et
qui fait de Seurat un peintre quasiment insupportable. Il est vrai que la salle
intitulée Pose prouve que beaucoup d’artistes ont faits des portraits
et s’en sont plus ou moins bien sortis (on appréciera le beau portrait
de Paul Signac en marin par van Rysselberghe (1887) et on l’opposera au
désagréable Portrait de Mme Hector France, née Irma
Clare (1891) de Cross). J’ai même apprécié les
fameuses Poseuses de Seurat, malgré leur côté naïf…
Toutefois, il suffit qu’un personnage se perde dans une campagne et il
paraît n’avoir rien à y faire. Il est en trop.
Mais, je m’attache
peut-être trop à la thématique,
à la chose représentée et pas assez à la forme.
Car le néo-impressionnisme est avant tout formel. Il est en cela le digne
successeur de l’impressionnisme : ce n’est plus l’action des
êtres humains qui intéresse les peintres, c’est au contraire
la nature dans toute sa beauté et son étrangeté (le mystère
d’un coucher de soleil, les passions de la nuit !). Lumières, couleurs
mais aussi rythmes, géométries, espaces, plans, arabesques qui
sont autant de nouveautés formelles sur la surface picturale pour tous
ces peintres-poètes.
Les cinq premières salles
de cette exposition parisienne leur sont consacrées. On y voit les différentes
facettes de leur créativité. Puis on passe dans d’autres
salles vers l’après néo-impressionnisme. Pourtant, cela
n’est pas une cassure. On comprend tout ce que les peintres du début
du XXe siècle leur doivent : Fauves (Matisse, Derain...), Futuristes (Boccioni,
Balla...), Cubistes (Picasso, Braque...), Expressionistes (Erich Heckel, Emil Nolde...)
jusque dans les premières œuvres tatillonantes de Delaunay, Modigliani,
Mondrian, Malevitch… Toutefois, cette débauche finale d’œuvres
à points, tient plus du jeu : on peut s’amuser à imaginer
les commissaires de l’exposition recherchant n’importe quels tableaux
du siècle dernier pourvu qu’ils soient peints en morse (cf. la
Klassische Küste de Paul Klee).
On remarquera aussi l’essai
de diachronisme artistique avec l’exposition de deux œuvres-clins
d’œil de l’artiste néerlandais contemporain Ger van
Elk Birds flying the drawing, Signac et Snow over Seurat (toutes
les deux de 2003). L’idée peut être amusante, même
si je ne vois pas trop l’intérêt qu’un artiste fasse
un tel rapport à des œuvres du passé. Ne pensez pas que c’est
parce que je n’aime ni Seurat ni Signac. Ces deux productions font plutôt
preuve d’un certain conservatisme que d’une avant-garde débridée
comme a pu l’être, justement le néo-impressionnisme.
Catalogue : 432 p., 200 ill., 54 €
Page internet : http://www.musee-orsay.fr/