page créée le 24 mars 2003
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Henri Matisse, Le Cirque, 1947,
papiers découpés et collés,
extrait du livre Jazz.

Matisse, Papiers découpés, Berlin, Sammlung Berggruen, 13 mars-25 mai 2003.
        En raison d’une nouvelle et énième et certainement indispensable exposition de Pablo Picasso à la Neue Nationalgalerie de Berlin, la Collection Berggruen propose une nouvelle et énième exposition d’Henri Matisse et de ses fameux papiers découpés.
        Ainsi les Musées de Berlin présentent en même temps, mais dans deux endroits différents, une exposition sur le grand Picasso et une autre sur le grand Matisse. Une réitération de l’exposition Picasso-Matisse de Paris certainement ! mais fausse puisque les deux artistes ne sont pas ici à égalité : la première a lieu dans la prestigieuse Neue Nationalgalerie quand la seconde, en se concentrant sur une seule partie de la carrière de Matisse, a lieu dans un musée plus petit !
        On ne doutera néanmoins pas de la volonté commerciale de cette démarche. Donner à l’affiche des grands noms d’artistes est toujours une manière d’attirer le public dans les musées. Et cela fonctionne ! Le public se précipite pour voir les très belles œuvres de Matisse, car, il faut le préciser, le commercialisme ne gêne en rien la qualité des travaux exposés ! Mais, attention, ici il n’y a pas la queue à l’entrée. La taille de l’exposition et le fait que Berlin n’est pas Paris en sont certainement la cause. Il en sera certainement différemment pour Picasso…
        Alors, que dire de cette exposition des papiers découpés de Matisse ? Rien de bien spécial, à dire vrai ! C’est certainement une découverte pour les non-connaisseurs et une nouvelle occasion d’admirer ces œuvres pour les connaisseurs. On s’arrêtera particulièrement dans la salle où sont présentés deux pans de La Piscine, que Matisse avait projetés à la fin de sa vie et qui n’ont été réalisés que beaucoup plus tard. Dans cette œuvre, on voit l’application toute décorative des papiers découpés. Ainsi après avoir servi d’études préparatoires pour des couvertures de livres (dont certaines sont présentées ici), pour des livres d’artiste (celui intitulé Jazz publié en 1947 est donné à voir), pour des vitraux (deux d’entre eux pour la chapelle du Rosaire de Vence y sont aussi) et encore pour des fichus ou des chasubles… ceux-ci, transcrits en faïence de très grand format, sont d’une étonnante poésie aquatique.
        Mais que cela n'empêche pas penser qu'il y a là un intérêt définitivement commercial : cette exposition fait rentrer de l’argent dans les caisses des Musées berlinois, en donnant à voir au public ce qu’il veut voir, des œuvres connues avec de belles formes et de belles couleurs. De plus, en annoncant dans le prospectus donné à l’entrée : « Ses papiers découpés sont aujourd’hui reconnus comme des chefs-d’œuvre, mais n’ont pas été reconnus comme tels au début », le visiteur prend bien évidemment la défense du pauvre artiste de génie mais réprouvé et éprouve un semblant du sentiment exhaltant du connaisseur d’avant-garde. Dans la vieille dispute de la modernité contre la tradition qui régit toujours notre mode de pensée, le visiteur prend ainsi faussement parti pour une cause qui n’est bien évidemment plus à défendre.
Catalogue, en allemand et en anglais, 175 pages, 25 euros.
sites internets :www.smb.spk-berlin.de (en allemand et en anglais) et www.Freunde-der-Nationalgalerie.de (en allemand)

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