page créée le 13 juin 2005
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Vue de la rue Mallet-Stevens, Paris, 16e ardt

Robert Mallet-Stevens architecte (1886-1945), Paris, Centre Pompidou, 27 avril-29 août 2005.

        L’œuvre de Robert Mallet-Stevens valait bien cette exposition car au côté de Le Corbusier et d’Auguste Perret, de Mies van der Rohe ou de Franck Lloyd Wright, il est l’un des plus grands représentants de l’architecture moderne internationale.
        Dans cette exposition, après deux salles consacrées à ses années de formation dans lesquelles sont montrés de nombreux dessins de l’époque 1911-1922 ainsi que son intervention dans la décoration de films comme Le Secret de Rosette Lambert de Raymond Bernard (1920), Triplepatte du même (1922) et La Ronde de nuit de Marcel Silver (1925), l’accent est mis sur ses principales réalisations architecturales : la villa Noailles à Hyères (1923-1928), la villa Poiret à Mézy (1921-1923), les villas de la rue Mallet-Stevens à Paris (1926-1934) et la villa Cavrois à Croix (1929-1932).
        Ces œuvres sont présentées chacune dans leur salle grâce à des projets dessinés, des plans et des élévations, des maquettes, des photographies et des films d’époque ou récents. On apprécie ainsi l’évolution du style de l’architecte qui, malgré la permanence de certaines formes architecturales, ne s’est pas contenté de se copier lui-même mais qui s'est toujours remis en question en s’adaptant notamment au milieu géographique et culturel (la villa Cavrois par exemple dans le nord de la France est construite en brique).
        En parallèle à ces réalisations, sont exposés des documents se rapportant à d’autres moments cruciaux de la carrière de Mallet-Stevens. Ainsi, en 1925, il participe à l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes à Paris en réalisant, entre autres, le pavillon du tourisme et d’étonnants arbres cubistes en béton armé. En 1929, il crée l’Union des artistes modernes après avoir rompu avec la Société des artistes décorateurs. Après la crise de 1929 et jusqu’en 1936, il propose des projets monumentaux pour Paris qui n’aboutissent finalement pas : l’amènagement de la porte Maillot (1930), un Musée de la République (1934), une Maison de la radio, un stade olympique et l’aéroport du Bourget (1936). En 1937, il est l’une des figures centrales de l’Exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne à Paris. Enfin, la dernière salle évoque son passage comme directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Lille de 1935 à 1939.
        Par ailleurs, les salles sont jalonées de meubles originaux réalisés pour chacune des grandes œuvres de l’architecte : fauteuils, bureaux, tables, chaise tubulaire (seule réalisation tirée en multiples exemplaires), placés devant un reproduction photographique « grandeur nature » des intérieurs.
        A côté des ces documents iconographiques, sont montrés des documents théoriques qui, c’est à noter, se rapportent moins à l’architecture qu’à d’autres arts et au cinéma en particulier : dans les années vingt, en même temps qu’il monte ses décors de films, il donne au Musée Galliéra une conférence intitulée Le Décor, suivie de la publication du Cinéma et les arts en 1925 puis Le Décor moderne au cinéma et le tome VI de L’Art cinématographique en 1929. En 1938, il écrit un ouvrage intitulé Les Vitraux modernes qui s’appuie sur sa collaboration avec le maître-verrier Louis Barillet (dont il réalise la maison-atelier à Paris en 1931-32). Notons qu’en 1929, l’architecte signe aussi la préface du catalogue de l’exposition des Partitions picturales d’Henri Valensi.
        On pourra s’étonner que Mallet-Stevens n’ait jamais écrit à propos de l’architecture (même s’il a publié des ouvrages de dessins et de photographies de son œuvre : Une Cité moderne en 1922 (dont de nombreuses planches sont exposées), Grandes constructions en 1929 et en 1930, Dix Années de réalisation en architecture et en décoration). Cependant, ses ouvrages sur la peinture, le cinéma et les vitraux prouvent son ouverture (qui est celle de nombreux autres architectes de l’époque) vers les autres formes d’art. Ainsi, s’il n’a pas peint ou sculpté lui-même (ou du moins n’en avons nous aucune preuve), les peintres Theo van Doesburg, Sybold van Ravesteyn et Piet Mondrian, les scupteurs Jacques Lipchitz et Henri Laurens interviennent dans la décoration de la villa Noailles et dans d’autres réalisations plus tardives. Il est aussi à noter que Man Ray tourne un film de fiction dans cette même villa Noailles : Les Mystères du château du Dé, en 1928, commandé par le propriétaire lui-même.

        Que dire en conclusion ? Il s’agit d’une exposition très riche, très bien documentée. Mais, finalement, je dirais même trop. A partir de la moitié, mon attention s’est dissipée. Peut-être à cause des nombreux visiteurs (même si cela fait plaisir de voir autant de monde dans une exposition d’architecture) ; peut-être à cause de la muséographie qui a tendance à partir dans tous les sens (c’est-à-dire de présenter beaucoup de choses diverses en un espace assez réduit) ; peut-être à cause du manque de bancs qui permettent non seulement de se reposer mais aussi de mieux apprécier les nombreuses projections contenues dans cette exposition.
        Toujours est-il – et c’est un point assez négatif, inhérent à l’exposition d’un architecte : l’absence de ses véritables réalisations – que cela m’a donné envie d’aller voir sur place les œuvres de Mallet-Stevens (un bon point est tout de même donné au Musée pour l’organisation de « promenades urbaines » pour découvrir ces œuvres).

catalogue : 240 p., 365 ill., 39,90€.
Sites internets : www.centrepompidou.fr/
                         site de l'Association de sauvegarde de la villa Cavrois

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