I Macchiaioli, prima dell'Impressionismo
(
Les Macchiaioli, avant l'impressionisme),
Padoue, Palazzo Zarabella,
27 septembre 2003-8 février 2004 (prolongée jusqu'au 7
mars 2004).
« L’Italie,
– hélas ! »
Le mot des frères
Goncourt visitant les salles de l’art italien à l’Exposition
universelle de Paris en 1855 résonne comme le glas.
De toute évidence,
l’expression est forte et sert à choquer le lecteur et surtout
à mettre en valeur la grandeur de l’art français au
XIXe siècle. Toutefois, s’il est vrai que, lors de cet événement,
l’Italie peut faire pâle figure et décider les Goncourt
à enterrer l’art italien d’un bref coup de pelle, c’est
que, si la nouvelle génération de peintres de la péninsule
est présente à l’exposition de 1855, c’était
avant tout qu’elle l’est parmi les visiteurs plutôt
que parmi les exposants.
De fait, à l’époque,
cette nouvelle génération en est encore à ses débuts.
C’est en 1848, à Florence, que certains d’entre eux
forment un groupe qui prend plus tard le nom des
Macchiaioli.
Ils sont largement influencés par les peintres de Barbizon, mais
aussi, dans un premier temps, par des peintres français que l’on
range toujours parmi les académiques : Ernest Meissonier et Paul
Delaroche, entre autres. Chez ces derniers, ils admirent la manière
nouvelle de traiter un sujet d’histoire ou religieux à la
manière d’une scène de genre. Mais, d’une façon
étonnante, les
Macchiaioli mélangent sur une même
toile les influences des œuvres d’époque différentes
qu’ils reçoivent en même temps – et principalement
lors de leur visite à Paris –, donnant à leurs tableaux
une saveur inconnue en France.
L’expostion-évènement
de Padoue retrace ainsi le parcours du groupe des
Macchiaioli
dans le troisième quart du XIXe siècle. D’une manière
qui peut tout d’abord paraître étonnante, elle présente
les œuvres selon les différents genres abordés et non
suivant une ligne diachronique, qui aurait pu permettre de distinguer
les évolutions, tant stylistiques que thématiques. Mais
ce choix devient clair lorsqu’on remarque que, de salle en salle,
la diachronie se retrouve sous jacente. Il y a bien une évolution
au niveau du style et des thèmes.
On passe ainsi de la
peinture d’histoire (chez Stefano Ussi, Altamura ou Mussini) à
la peinture militaire contemporaine (faut-il rappeler que l’Italie
connaît elle-aussi une histoire mouvementée dont le
Portrait
de Garibaldi par Sivestro Lega, de 1861 exposé ici, paraît
être l’enblème ?). Suit l’art du portrait qui
oscille entre la manière d’Ingres et de son école
(un portrait d’Antonio Pucinelli de 1858 est à rapprocher
de ceux d’Hippolyte Flandrin ou d’Amaury-Duval) et ceux
de Gustave Courbet. Ensuite, sont montrés les genres les plus
appréciés par les peintres : les scènes quotidiennes
et le paysage. Ce sont différentes vues d’intérieur
ou d’extérieur où évoluent des hommes, des
femmes et des enfants, des proches et des amis des artistes. Dans ces
œuvres, apparaît assez souvent une manière de faire
qui nous est peu commune en France : les personnages sont figurés
d’une façon très précise sur des décors
plus laches, laissés à la limite de l’esquisse.
De là provient certainement le nom du groupe, car
macchia
signifie tache. Pourtant, ici, rien de vraiment impressionniste,
si les paysages doivent beaucoup aux peintres de Barbizon, la façon
de représenter les personnages est à rapprocher d’un
art plus académique. Mais le nom
Macchiaioli est tout
de même la marque de la nouveauté de cette technique qui,
de toute évidence, n’a pas laissé la critique de
l’époque insensible. Mais chaque peintre sait avoir son
style et ses thèmes particuliers sans pour autant rester enfermé
dans un genre. Ils évoluent tous, expérimentent, jouent
avec la lumière, se font vaporeux ou plus « plâtreux
» (cf.
La Rontonda di palmieri de Giovanni Fattori, 1866).
Ils s’inspirent toujours de l’art français mais en
font de nouvelles interprétations.

Giovanni Fattori, La Rotonda di palmieri Florence, Galerie d'art moderne Palais Pitti.
Le groupe se sépare
dans les premières années de la décénnie
1870, déçu du tour que prend la nouvelle Italie, réunie
depuis peu. Les artistes ont rêvé d’une république
des arts, comme les Français et les Allemands, et ils ne voient
qu’une société des affaires, de la bourgeoisie.
Ils continuent toutefois à créer chacun de leur côté,
comme le prouve la dernière salle de l’exposition.
On pourra être
très content de voir, encore une fois, que l’art au XIXe
siècle ne se limite pas à la France et que chaque pays
réussit à dépasser la simple copie des œuvres
parisiennes pour représenter et développer des styles
individuels sur des thèmes nationaux. Je regretterais néanmoins
la petitesse de l’exposition qui ne montre qu’un avant-goût
de l’art de ces peintres qui, leurs œuvres le prouvent, méritent
un regard beaucoup plus attentif.
Catalogue, en italien, 335 pages, 45 euros.
site internet :
www.palazzozabarella.it
(en italien et en anglais)