page créée le 5 mars 2004
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Silvestro Lega,
Il Canto di uno stornello, 1867,
Florence, Galerie d'art moderne, Palais Pitti.

I Macchiaioli, prima dell'Impressionismo (Les Macchiaioli, avant l'impressionisme), Padoue, Palazzo Zarabella, 27 septembre 2003-8 février 2004 (prolongée jusqu'au 7 mars 2004).

        « L’Italie, – hélas ! »
        Le mot des frères Goncourt visitant les salles de l’art italien à l’Exposition universelle de Paris en 1855 résonne comme le glas.
        De toute évidence, l’expression est forte et sert à choquer le lecteur et surtout à mettre en valeur la grandeur de l’art français au XIXe siècle. Toutefois, s’il est vrai que, lors de cet événement, l’Italie peut faire pâle figure et décider les Goncourt à enterrer l’art italien d’un bref coup de pelle, c’est que, si la nouvelle génération de peintres de la péninsule est présente à l’exposition de 1855, c’était avant tout qu’elle l’est parmi les visiteurs plutôt que parmi les exposants.
        De fait, à l’époque, cette nouvelle génération en est encore à ses débuts. C’est en 1848, à Florence, que certains d’entre eux forment un groupe qui prend plus tard le nom des Macchiaioli. Ils sont largement influencés par les peintres de Barbizon, mais aussi, dans un premier temps, par des peintres français que l’on range toujours parmi les académiques : Ernest Meissonier et Paul Delaroche, entre autres. Chez ces derniers, ils admirent la manière nouvelle de traiter un sujet d’histoire ou religieux à la manière d’une scène de genre. Mais, d’une façon étonnante, les Macchiaioli mélangent sur une même toile les influences des œuvres d’époque différentes qu’ils reçoivent en même temps – et principalement lors de leur visite à Paris –, donnant à leurs tableaux une saveur inconnue en France.
        L’expostion-évènement de Padoue retrace ainsi le parcours du groupe des Macchiaioli dans le troisième quart du XIXe siècle. D’une manière qui peut tout d’abord paraître étonnante, elle présente les œuvres selon les différents genres abordés et non suivant une ligne diachronique, qui aurait pu permettre de distinguer les évolutions, tant stylistiques que thématiques. Mais ce choix devient clair lorsqu’on remarque que, de salle en salle, la diachronie se retrouve sous jacente. Il y a bien une évolution au niveau du style et des thèmes.
        On passe ainsi de la peinture d’histoire (chez Stefano Ussi, Altamura ou Mussini) à la peinture militaire contemporaine (faut-il rappeler que l’Italie connaît elle-aussi une histoire mouvementée dont le Portrait de Garibaldi par Sivestro Lega, de 1861 exposé ici, paraît être l’enblème ?). Suit l’art du portrait qui oscille entre la manière d’Ingres et de son école (un portrait d’Antonio Pucinelli de 1858 est à rapprocher de ceux d’Hippolyte Flandrin ou d’Amaury-Duval) et ceux de Gustave Courbet. Ensuite, sont montrés les genres les plus appréciés par les peintres : les scènes quotidiennes et le paysage. Ce sont différentes vues d’intérieur ou d’extérieur où évoluent des hommes, des femmes et des enfants, des proches et des amis des artistes. Dans ces œuvres, apparaît assez souvent une manière de faire qui nous est peu commune en France : les personnages sont figurés d’une façon très précise sur des décors plus laches, laissés à la limite de l’esquisse. De là provient certainement le nom du groupe, car macchia signifie tache. Pourtant, ici, rien de vraiment impressionniste, si les paysages doivent beaucoup aux peintres de Barbizon, la façon de représenter les personnages est à rapprocher d’un art plus académique. Mais le nom Macchiaioli est tout de même la marque de la nouveauté de cette technique qui, de toute évidence, n’a pas laissé la critique de l’époque insensible. Mais chaque peintre sait avoir son style et ses thèmes particuliers sans pour autant rester enfermé dans un genre. Ils évoluent tous, expérimentent, jouent avec la lumière, se font vaporeux ou plus « plâtreux » (cf. La Rontonda di palmieri de Giovanni Fattori, 1866). Ils s’inspirent toujours de l’art français mais en font de nouvelles interprétations.


Giovanni Fattori, La Rotonda di palmieri Florence, Galerie d'art moderne Palais Pitti.

        Le groupe se sépare dans les premières années de la décénnie 1870, déçu du tour que prend la nouvelle Italie, réunie depuis peu. Les artistes ont rêvé d’une république des arts, comme les Français et les Allemands, et ils ne voient qu’une société des affaires, de la bourgeoisie. Ils continuent toutefois à créer chacun de leur côté, comme le prouve la dernière salle de l’exposition.
        On pourra être très content de voir, encore une fois, que l’art au XIXe siècle ne se limite pas à la France et que chaque pays réussit à dépasser la simple copie des œuvres parisiennes pour représenter et développer des styles individuels sur des thèmes nationaux. Je regretterais néanmoins la petitesse de l’exposition qui ne montre qu’un avant-goût de l’art de ces peintres qui, leurs œuvres le prouvent, méritent un regard beaucoup plus attentif.
Catalogue, en italien, 335 pages, 45 euros.
site internet : www.palazzozabarella.it (en italien et en anglais)

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