page créée le 14 septembre 2004
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Fernand Léger, Les Constructeurs (état définitif),
1950, huile sur toile, H. 3,000 m ; L. 2,280 m,
Biot, Musée national Ferand Léger.

Fernand Léger (1881-1955), Lyon, Musée des Beaux-Arts, 1er juillet - 20 septembre 2004
        Qu’est-ce qu’un musée ne ferait pas pour se justifier de monter une exposition consacrée à un peintre, même si celui-ci est très connu…
        Ainsi, avec l’exposition de Fernand Léger, il semble que le Musée des Beaux-Arts de Lyon soit plus embarrassé qu’autre chose. Les commissaires de l’exposition se sont cru obligés de rattacher cet évènement à la rétrospective que ce même musée avait consacrée à cet artiste en 1955, soit quelques mois avant sa mort. Pourtant ce pseudo-anniversaire, dont on nous rebat les oreilles, me semble bien inutile, puisque ce ne sont pas les dix ans que l’on fête cette année, mais seulement les neuf ans ! Sauf si on veut démontrer que la politique du musée de Lyon est depuis longtemps (au moins depuis 1955) d’avant-garde puisque celui-ci à le flair de repérer des grands artistes avant leur mort.
        Par ailleurs, toujours selon cette volonté de se justifier, dans le texte d’introduction à l’exposition, les commissaires n’hésitent pas à placer Léger entre Picasso et Matisse, comme le troisième peintre important du XXe siècle. Est-ce donc une obligatoire de tout mesurer à l’aune de ces deux artistes ? Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls tenants de la modernité et surtout pas ceux de la post-modernité. De plus, devoir rappeler la place de Fernand Léger dans l'art du XXe siècle tend plutôt à prouver que, justement, il n'est pas un de ces peintres importants...
        Le visiteur a-t-il vraiment besoin de tout ce ramdam ? Je ne pense pas. Les œuvres de Fernand Léger se suffisent à elles-mêmes. La muséographie aide parfaitement la compréhension : chaque tableau a un pan de mur qui lui est réservé, le découpage de la surface suivant les différentes périodes des évolutions picturale et thématique est très clair. Et, en se promenant dans les salles on apprécie chaque œuvre sans pour autant devoir se dire que, oui effectivement, Léger est un « géant du XXe siècle » (dixit le prospectus) qui a sa place au panthéon de l’art moderne aux côtés de Matisse et Picasso ou que, oui effectivement, le Musée de Lyon a eu beaucoup de flair en proposant une rétrospective avant le décès du peintre.
        Ceci dit, Fernand Léger a peut-être été l’une des pointures de l’art du siècle dernier, pourtant, ses œuvres n’en sortent pas pour autant sans blessures. En effet, de nos jours, malgré une recherche esthétique indéniable à laquelle on reste toujours sensible, elles apparaîssent tout de même assez démodées. Quelques-unes d’entre elles sont plutôt des curiosités issues d’une époque qui s’éloigne dans le temps, des témoins d’une création en accord avec des idéaux politiques et sociaux qui n’ont plus rien d’innovants et surtout des images décoratives qui se rapprochent plus du design (c'est-à-dire de la décoration) que de l’art. En bref, le temps n’a pas joué en faveur des tableaux de Léger. Il leur a fait perdre le petit quelque chose qui rend des œuvres intemporelles.
        Toutefois, au fil des salles, je remarque que cette exposition a pour moi, qui ne suis pas un fan de Fernand Léger (peut-être à cause de cet ancrage dans le temps dont je viens de parler), de mieux comprendre son parcours esthétique, de suivre les influences qu’il a subi (Camille Pissarro, Paul Cézanne, Pablo Picasso, Kasimir Malévitch, Robert Delaunay, Joan Miró…) et voir comment, finalement, il arrive à les intégrer de façon pertinente dans son œuvre. Ce qui me le rend beaucoup plus sympathique.
        Je donne aussi une mention spéciale à la bonne idée de projeter le film Ballet mécanique, réalisé en collaboration avec Dudley Murphy et Man Ray sur une musique de George Antheil, en 1924. Dans ce film réellement d'avant-garde, se croisent de façon étonnante ce qui semble être l'influence des recherches esthétiques presqu’abstraites de Lázló Moholy-Nagy avec les recherches cinématographiques sans queue ni tête de Salvador Dalí et Luis Buñuel.
        Cependant, pourquoi laisser à ce seul film la lourde tâche de montrer que Fernand Léger n’a pas été qu’un peintre mais qu’il s’est essayé dans d’autres formes artistiques : céramique, tapisserie et vitrail... Une section des dessins n'aurait pas non plus été en trop. Surtout que, comme on peut le voir sur une photographie d’époque, des céramiques avaient été montrées à côté des peintures lors de l’exposition de 1955. Qu’est-ce à dire ? Que la manifestation de 2004 est finalement moins bien fournie que sa prédécesseuse ? Quel dommage.
Catalogue : 29,50 euros
site internet : ville de Lyon
site internet du musée national Fernand Léger à Biot : MNFLB

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