page créée le 1er novembre 2005
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        La langue allemande passe en France pour l'une des moins belles d'Europe.
        Ce jugement est de toute évidence faussé par les relations que les deux pays ont entretenues dans l'histoire et particulièrement, on s'en doute, lors de la deuxième guerre mondiale. Ainsi, l'image de l'officier allemand qui hurle «  Papier, bitte !  » et «  schnell, schnell  » est-elle devenue récurente dans les films de guerre (et particulièrement dans certaines comédies françaises). Si bien qu'il m'est arrivé d'entendre de jeunes personnes françaises, assez jeunes en tous cas pour ne pas avoir connu la guerre, dire qu'ils n'aimaient pas la langue allemande.
        Pourtant, s'il m'est permis de juger, il est des langues européennes qui sont bien pires que l'allemand (à vous de les trouver !). Bien peu de nos compatriotes s'en rendent compte, il est vrai que nous avons pas été envahis par des Néerlandais ou par des Danois (ou alors, il y a trop longtemps pour qu'on s'en souvienne !).
        Rejeter la langue allemande juste parce que la France a beaucoup souffert entre 1940 et 1945 est assez idiot. C'est reporter une vengeance sur une chose qui n'a absolument rien à voir, étant entendu qu'une langue ne peut faire souffrir. Je trouve même assez imbécile de toujours (et j'insiste sur ce mot) reprocher au peuple allemand les erreurs d'Hitler et de ses affidés. Ainsi quand des Français parlent des Allemands, c'est souvent avec une certaine pointe d'ironie ou de colère, sans parler de l'emploi encore fréquent de « boches », « schleus », « frisés », etc. D'ailleurs l'emploi continuel du mot « Allemand » pour désigner aussi bien les Nazis que les habitants de la R.F.A. perpétue l'amalgame. Jusqu'à quand nos voisins d'outre-Rhin resteront-ils des « Allemands », sous entendu un peuple violent, voire barbare ? En Allemagne, bien sûr, la différence est claire et nette. On ne confond pas Allemands et Nazis. Et je pense que ce serait bien que l'on fasse de même.
        La langue allemande, elle, reste la même (même si elle évolue plus vite que la française). La langue de Hitler c'est aussi celle de Goethe. Il n'y a que le message qui change. La langue du maréchale Pétain n'était-elle pas celle de Victor Hugo ? Et bien loin de nous Français l'idée de vouloir la changer…
        Par ailleurs, apprendre une langue permet de passer outre sa sonorité, pour ne s'intéresser qu'au message. Il ne s'agit bien sûr pas d'imposer l'apprentissage de l'allemand à l'école. Mais c'est une chose que j'ai remarquée pendant mon séjour à Berlin : je n'entendais plus l'allemand, je l'écoutais.
        Et à force de l'écouter, je me suis aperçu que beaucoup de mots français étaient passés dans la langue allemande. Et particulièrement dans le vocabulaire de la culture ; évidemment un reste du rayonnement de la culture française dans toute l'Europe. On s'étonnera par contre de voir que beaucoup de termes de l'armée proviennent aussi du français. C'est là l'influence de l'occupation française (pardon, napoléonienne).
        Beaucoup de mots de la cuisine viennent aussi du français, ce qui est moins étonnant, n'est-ce-pas ? Ainsi, nos voisins connaissent-ils (la liste n'est pas exhaustive) la Creme brulee, la Mousse au Chocolat , les Crepes et… la Puree (un terme qui désigne n'importe quoi mis en purée et non pas la purée de pommes de terre qui se dit Kartoffelbrei ). D'ailleurs, le mot Puree me fait toujours penser à une chose : il est une chose que la langue française pourrait apprendre de la langue allemande, c'est le possibilité d'inventer de nouveau mots. Manque-t-il un verbe ? On le crée à partir d'un nom. Manque-t-il une forme féminine à une profession ? On le crée aussi très facilement et il n'y a personne pour hurler qu'on ne peut pas le faire. Ainsi, si le mot Puree fait maintenant partie du vocabulaire allemand, il existe aussi le verbe purieren. Et, bien qu'il est facile de comprendre ce que ce verbe veut dire, cela demande un certain temps pour trouver une traduction. Et plutôt qu'un simple « puréer », il faut se contenter d'un compliqué « mettre en purée ».
        A la décharge de la langue française, ce qu'elle perd en pragmatisme, elle le gagne certainement en poésie.

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