page créée le 8 novembre 2006
retour à la page principale
retour à la page _expositions_

Yves Klein, Corps, couleur, immatériel, Paris, Centre Pompidou, 5 octobre 2006-5 février 2007

        Une exposition rétrospective de l'œuvre d'Yves Klein devait-elle prendre la forme que lui donne les commissaires de l'actuel événement du Centre Pompidou ? Les fantaisies spiritualistes et pneumatiques d'Yves Klein gagnent-elles à être montrées de la sorte, froidement, thématiquement ? Ne méritaient-elles pas une exposition comme à l'époque, sans texte explicatif, sans extrait des pitoyables écrits de l'artiste ?
        Car, en effet, le but d'Yves Klein était bien de laisser le spectateur s'imprégner de sa sensibilité propre qui exsude de chacune de ses œuvres. Il me semble que le spectateur perd dans la distanciation qui s'opère ici. Maintenant, il se trouve moins devant les œuvres de Klein que devant une mise en scène de celles-ci. Le dialogue entre lui et chacune des œuvres, la magie, la force, l'aura, cette sensibilité (selon le terme de l'artiste) qui règne autour d'elles s'en voit réduite, sinon annihilée. On peut rester subjugué par la puissance des monochromes couverts d'International Klein Blue (I.K.B.) ou devant les œuvres de feu. Par contre, on passe plus annodinement devant les objets enduits du même I.K.B. ou dans la salle qui présente son architecture de l'air, qui, s'ils furent des projets auxquels Klein tenait tout particulièrement, font aujourd'hui figures d'élucubrations utopiques qui dénotent une volonté fascisante d'imposer au reste des êtres humains ses visions délirantes, issues de ses divagations ésotériques (l'imprégnation I.K.B. du globe terrestre et des cartes en relief représentent d'ailleurs sa volonté de noyer notre planète sous une couche de bleu). Mais, pouvait-on abandonner cette partie de la carrière de l'artiste, lui qui voulait que cette carrière soit considérée comme sa véritable œuvre ?
        Cruelle corvée que la préparation d'une exposition : doit-elle montrer et expliquer l'œuvre et la philosophie de l'artiste au risque de nuire à la capacité de son travail de se présenter lui-même ou doit-elle présenter au mieux l'œuvre de l'artiste au risque de laisser le spectateur dans la plus sombre des incompréhensions ? Un musée, qui n'est pas une galerie, a un rôle didactique, il privilégie donc la première proposition et tant pis si les œuvres perdent de leur force, de leur magie et si Yves Klein se voit trahi.

catalogue : 320 pages, 390 ill., 39,90 €
site internet : Centre Pompidou


Yves Klein
Monochrome IKB 3, 1960
Pigment et résine synthétique sur panneau, H. 2 m ; L. 1,53 m
Paris, Centre Pompidou

retour à la page _expositions_
retour à la page principale