page créée le 7 mai 2004
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Johan-Bartold Jongkind,
Clair de lune, Pays-Bas,1874,
Huile sur toile, H. 0,560 m ; L. 0,460 m
Dordrechts Museum

Jongkind (1819-1891), Paris, Musée d’Orsay, 2 juin - 5 septembre 2004.
        L’événement de la saison estivale parisienne a été la rétrospective du peintre néerlandais Johan-Barthold Jongkind. Et pour bien comprendre l’importance de cette exposition, dès l'entrée, on rappelle au visiteur qu’il s’agit de la première rétrospective de ce peintre en France. Il ne fallait donc pas la manquer, comme toutes les autres expositions, en quelque sorte.
        Malgré, ce battage mercantiliste auquel se sentent obligé tous les musées de peur de manquer d’affluence, je dois dire que c’est là une belle exposition, qui ne tombe ni dans le snobisme, ni dans le populisme. Jongkind fait partie de ces artistes qui ont eu leur importance dans l’évolution de l’art sans être devenu l’icône froide d’un mouvement, celle que l’on refourgue partout.
        Au fil des salles, on découvre – ou retrouve – l’œuvre de cet artiste auquel Claude Monet reconnaît sa dette (bien plus qu’à Eugène Boudin) : « Il [fut] mon vrai maître et c’est à lui que je dois l’éducation de mon œil », dit le vieux peintre au journaliste venu l’interroger en 1900. Un grand choix d'œuvres est présenté ici, depuis ses débuts aux Pays-Bas, lorsqu’il est l’élève d’Andreas Schelfout, jusqu’à ses travaux dans le Nivernais et le Dauphiné.
        Remarquons de suite que les commissaires de l’exposition ont préféré mettre l’accent sur les thèmes abordés par le peintre plutôt que de suivre l’évolution de sa biographie. Cela est plutôt bien vu et permet de comprendre que Jongkind s’est surtout attaché aux sujets qu’il représente plutôt qu’à une réflexion sur sa manière. C’est d’ailleurs en cela que beaucoup d'artistes lui sont reconnaissants (Monet puis Signac, entre autres). Sa façon d’appréhender les réalités qu’il a devant les yeux est plus importante que la façon de les rendre sur la toile. Grâce en soit rendu à son éducation dans l’ombre des grands maîtres hollandais du XVIIe siècle. De cette manière, il fait partie de la première génération des peintres réalistes, comme ceux de Barbizon, chez qui recherches thématiques et recherches picturales sont menées de front : dans leurs toiles, les êtres humains n'ont ni moins, ni plus d'importance que le décors dans lequel ils évoluent. Ils y vivent, ils y appartiennent. Ils créent les icônes de cette modernité demandée par certains critiques dont Charles Baudelaire puis Emile Zola.
        Toutefois, une évidente évolution de la technique est perceptible au fil des tableaux du peintre : on le voit passer du style lisse et léché des années 1840 à des œuvres quasiment impressionnistes dans les années 1870 et 1880. Avec, entre les deux dates, toute la déclinaison de la libération de la touche. Ce sont les nombreuses rencontres avec l'avant-garde picturale française qui en sont la cause : en 1857, il fréquente Camille Corot, Jean-Baptiste Millet, Gustave Courbet, auparavant il avait rencontré Eugène Isabey (qui l’introduit en France) puis Théodore Rousseau. En 1863, il côtoie Eugène Boudin en Normandie, puis Monet en 1864.
        Cependant, il faut le remarquer, Jongkind ne s’est jamais senti une âme d’impressionniste. Il fréquente leur milieu. Il influence Monet et certainement beaucoup d’autres. Il partage nombre de leurs conceptions thématiques et picturales. Mais il n’expose pas avec eux lors de la première exposition en 1874. De fait, il ne semble pas apprécier la pratique de la peinture de plein-air, ou du moins, il n’en fait pas son cheval de bataille. Il conserve la conception de la « vieille école » : un rapide dessin ou une aquarelle plus poussée sont exécutés sur le motif et la toile n’est faite que plus tard, dans l’atelier. Ainsi, à la fin de sa vie, lorsqu’il se trouve à La Côte Saint-André (où il est d’ailleurs enterré), aux bons soins de Mme Fesser et de sa famille, il peint encore des vues de la Normandie d’après les croquis qu’il a exécutés des années auparavant. Les nombreux dessins et carnets de croquis présentés ici témoignent de ce travail. Il n’est pas rare de retrouver un dessin qui corresponde trait pour trait à une peinture, que ce soit ce château en ruine dans le Dauphiné ou l’étrange machine en bois qui se trouvait sur le quai d’Orsay dans les années 1850.
        On doit à ce propos féliciter les commissaires d’avoir inclus un grand nombre de dessins, issus pour la plupart de la collection Moreau-Nélaton, qui prouvent que Jongkind est aussi un fabuleux dessinateur qui fait, par exemple, le délice de Paul Signac. Dans ces travaux, Jongkind emploie à loisir le crayon de graphite, la pierre noire, la sanguine, les lavis, l’aquarelle pour rendre au mieux les détails de la vie quotidienne qui défile devant ses yeux.
        Cependant, il est dommage que l’exposition se finisse sur ces travaux, aussi magnifiques soient-ils. Je ne comprends pas l’intérêt de les placer à cet endroit, là où ils font déjà oublier les peintures. Cela semble participer d’une volonté de casser l’ordre établi des expositions, volonté que l’on reconnaît dans la manière de placer la notice biographie du peintre dans une salle centrale et non à l’entrée. Ce n’est pas moi qui blâmerais cette dernière entorse à une habitude assez sotte. Mais, en me retrouvant en dehors de l’exposition, j’ai regretté d'en être déjà sorti. J'aurais aimé en savoir plus sur ce peintre. J'ai eu la facheuse impression que l’évènement annoncé n'a été finalement qu'un avant-goût.
Catalogue : en français, 232 pages, 185 illustrations, 40 euros
Site internet : www.musee-orsay.fr (en français, anglais et espagnol)
à voir aussi : la page internet de la Société des amis de J.-B. Jongkind

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