page créée le 15 juin 2003
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Willy Jaeckel,
Saint-Sébastien I, 1915,
huile sur toile, H. 1,860 m ;
L. 1,195 m,
Hambourg, Hamburger Kunsthalle
"Mythos und Mondäne"
- Bilder von Willy Jaeckel (1888-1944) ("Mythe et Mondain"
- œuvres de Willy Jaeckel), Berlin, Bröhan-Museum,
28 mars - 31 août 2003
En
passant de salle en salle et de tableau en tableau, le visiteur de cette
exposition pourrait à chaque fois facilement trouver les influences
que le peintre allemand Willy Jaeckel (Breslau 1888- Berlin 1944) a
subi. On rencontre en effet dans ses tableaux du Dürer, du Degas,
du Matisse, du Picasso, du Kokoshka et bon nombre d’artistes de
la Nouvelle objectivité et de l’école de Paris.
Cette première impression, bien désagréable, d’avoir
à faire à un suiveur disparaît pourtant en découvrant
les œuvres de ce que l’on pourrait appeler la première
période de Jaeckel (entre 1913 et 1925 environ). En effet, dans
ces peintures de relativement grand format et les dessins qui leur sont
préparatoires, le peintre représente des êtres humains
(hommes et femmes seuls ou en couple) nus ou juste partiellement couverts
d’un linge, allongés dans la nature. Ces œuvres expriment
un profond sentiment religieux, non seulement parce qu’elles montrent
des thèmes chrétiens (Saint Sébastien I,
1915 ; Gethsemani, 1919, détruit) ou des thèmes
mythologiques (Prométhée, 1914 ; Médée,
1914, détruit) mais avant tout parce qu’elles montrent
ces êtres humains en communion avec la nature. Dans ces œuvres,
ces personnages sont véritablement dans la nature car
il y a une réelle symbiose des formes et des couleurs. Les premières
sont partout mouvementées, anguleuses, les secondes sont salies,
terreuses. Ce panthéisme survit d’ailleurs à l’expérience
terrible de la première guerre mondiale et de 1913 à 1925,
la communion se poursuit : en 1914, un couple couronné d’un
arc-en-ciel met au monde son enfant au milieu d’une nature encore
verdoyante (La Famille, après la naissance) ; en 1916,
La Maternité (quatrième panneau d’une série
de quatre pour la fabrique de biscuit Bahlsen à Hannovre, détruit)
montre une femme et un enfant allongés (sont-ils endormis ou
bien morts) à l’orée d’un bois aux arbres
noircis et décharnés ; enfin en 1919, un couple s’éveille
dans un décor d’apocalypse où explose encore une
bombe au loin (L’Eveil).
Ces représentations
de damnés de la terre méritent à elles seules que
l’on porte attention à Willy Jaeckel. Elles démontrent
que, si l’artiste a certainement subi les influences que l’on
a dites, il a su en tirer à ce moment-là un bon profit
esthétique et créer un style personnel. Jaeckel est peut-être
expressionniste comme on a tendance à le dire mais d’une
manière différente des artistes de die Brücke ou
de der blau Reiter. Chez lui, il n’y a pas de recherche extrème
des formes et des couleurs. Il reste attaché à un certain
réalisme et surtout à cette forte thématique panthéiste.
Par la suite, dans une seconde période qui dure jusqu'à
sa mort, Jaeckel prolonge son désir de réalisme dans de
nombreux portraits et nus ainsi que dans quelques paysages et bouquets
de fleurs. Ceci fait d'ailleurs de lui, après la première
guerre mondiale, un tenant du Retour à l’ordre.
Est-ce là une
volonté consciente de la part de Jaeckel d’exorciser les
effrois de la guerre ou bien sont-ce les effets d’une notoriété
grandissante, ou encore est-ce dû au fait qu’il est depuis
1926 professeur dans la classe de portraits et de nus à la Staatliche
Hochschule de Berlin ? Pourtant, à côté des portraits
des acteurs de la vie artistique berlinoise (danseuses et peintres),
Jaeckel peint encore quelques toiles au thème passablement énigmatique
dont l’Eclosion de l’homme-dieu du Chaos (vers
1940) est un bon exemple. Il aborde peu cette thématique ésotérique
sur toile mais désire l'exprimer plutôt par la gravure.
C'est ainsi que, entre 1919 et 1922, il entreprend un grand projet qu'il
appelle L'Homme-Dieu - Dieu - le Dieu-Homme, qu'il prévoit
en cinq parties : La Génèse, l'Ancien Testament,
le Nouveau Testament et l'Apocalypse de saint Jean
(parallèlement à l'exposition et à l'occasion des
Journées œcuméniques, le Bröhan-Museum présente
24 gravures de cette dernière partie). Dans ces œuvres,
Jaeckel ne s'exprime pas selon l'orthodoxie chrétienne mais recherche
plutôt un "dépouillement ésotérique
du texte biblique" dans des compositions où se mêlent
l'idéal symboliste et l'horreur de la guerre.
Avec cette exposition
on doit remercier le musée Bröhan de présenter une
première rétrospective de Willy Jaeckel, évidemment
facilitée par le fait qu’un grand nombre de ses œuvres
font partie des collections du musée. En passant de salle en
salle on découvre les œuvres de cet artiste qui, s’il
ne fait pas preuve d’une profonde originalité, est fortement
marqué par son temps. Tant du point de vue biographique que du
point de vue artistique : comme beaucoup de peintres de sa génération,
la première guerre mondiale marque sa vie et sa carrière,
l’entre deux guerres est un temps d’espoirs plus qu’incertain
avant que la dictature nationale-socialiste interdise la libre création
(plusieurs de ses toiles sont enlevées des cimaises des musées).
Finalement Willy Jaeckel meurt au printemps 1944 dans les décombres
de sa maison bombardée, point final d’une vie artistique
où la destruction s’est mêlée à la
création.
Catalogue, en allemand, 232 pages, 139 reproductions, 20 euros.
site internet :
www.broehan-museum.de (en allemand)