page créée le 6 décembre 2007
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Ferdinand Hodler, Le Bûcheron, 1910,
huile sur toile, H. 1,30 ; L. 1,01 m,
Paris, musée d’Orsay

Ferdinand Hodler (1853-1918), Paris, Musée d’Orsay, 13 novembre 2007 - 3 février 2008
         On ne remerciera jamais assez le Musée d'Orsay de sortir de l'ombre des artistes peu ou pas connus, qui sont très généralement des artistes étrangers, de ceux qui n'ont pas voulu venir s'installer à Paris, restant par là en marge de l'histoire de l'art française. C'est le cas du peintre suisse Ferdinand Hodler. Il est vrai que la période dans laquelle il vécut est, dans notre histoire de l'art, une période de transition : entre le 19e siècle, pour lequel on s'intéresse avant tout aux artistes français et à ceux qui sont venus s'installer en France, et le 20e siècle, dans lequel les centres artistiques se multiplient en Europe autant qu'aux Etats-Unis, voire dans le monde entier.
         Peintre « trop » germanique, peut-être trop symboliste ou du moins d'un symbolisme trop compliqué et trop différent de ce dont on a l'habitude à Paris, Hodler a été délaissé par les historiens de l'art français. Pourtant, en parcourant les salles de cette exposition, on comprend vite la place que cet artiste a tenue dans le monde de l'art germanique.
         Les premières œuvres présentées sont celles de la période symboliste. Elles sont de grands formats et représentent des personnages, hommes et femmes, le plus souvent nu(e)s, dans un décor naturel des plus simplifié. Les titres sont à l'avenant et proposent une lecture onirique : La nuit, La Vérité, Communion avec l'infini, Chant du lointain… On comprend que ces œuvres froides et difficiles d'accès aient déplu à « l'âme française », habituée à moins de rêveries. Ce sont à mon avis les moins intéressantes. Elles sont trop grandiloquentes, prétentieuses.
         Il ne faut pas se laisser rebuter et avancer. On découvre alors les paysages. D'origine suisse, Hodler peint surtout les montagnes, les lacs aux eaux claires (voir le magnifique Lac de Thoune aux reflets de 1904), les ruisseaux, les forêts, les nuages paresseux (aux formes quelquefois étonnantes et symbolistes comme dans L'Eiger, le Mönch et la Jungfrau au clair de lune, 1908). Dans ces tableaux, l'œuvre humaine n'a pas sa place, pas de village, pas de chalet. Ce n'est pas la nature bucolique, ce n'est pas la nature dressée (comme on la voit en France à la même époque), c'est La Nature immense, éternelle et inchangée, l'œuvre divine des origines, la nature dont l'homme fait partie, ni en maître, ni en esclave, simplement en symbiose.
         Mais si l'être humain est absent effectivement de ces paysages, Hodler n'en est pas moins un grand admirateur de l'âme humaine (en bon germanique qu'il est – on se rappellera qu'à la même époque Sigmund Freud développe ses théories psychanalytiques) qu'il représente dans ses magnifiques portraits et autoportraits. On admirera le beau Portrait de Gertrud Müller (1911) qui dépasse le statut du portrait bourgeois pour devenir une icône de la modernité freudienne grâce à la pose peu naturelle, mais ô combien graphique, du modèle. On se rappelle Gustav Klimt, son ami, Egon Schiele. Nous sommes plus près de la Sécession viennoise (où il exposa) que des Salons parisiens.
         Hodler est beaucoup moins peintre que dessinateur. Il utilise son pinceau comme d'un crayon et multiplie les lignes colorées qu'il ne fait presque jamais disparaître derrière le remplissage. Moins engoncé dans les théories de la peinture développées par les Français à cette époque, qu'elles soient passéistes ou résolument modernes, l'artiste est libre de créer comme il sait faire. Au bord de l'expressionnisme, le fond a assujetti la forme.
         Enfin, on regardera les bouleversantes œuvres montrant l'agonie de Valentine Godé-Darel, sa maîtresse, que le peintre a suivi jour après jour et que les commissaires de l'exposition ont réunies dans une salle intitulée Le Cycle de Valentine. Même s'il reprend à son compte un thème apprécié dans ces mêmes années : le sujet alité (cf. Edvard Munch, Félix Valotton, Édouard Vuillard…), on oublie toute référence pour ne s'intéresser qu'au visage émacié disparaissant dans l'épaisseur des draps blancs et des couvertures. La peinture et le dessin (bien plus que la photographie trop froide) sont le dernier moyen de dire l'indicible, de conserver l'image trop fragile, de se faire le reflet de l'amour. Finalement, loin des premières œuvres symbolistes trop distantes, ce cycle touche crument la réalité de la vie.

Catalogue : 256 pages, 200 illustrations, 45 euros
Site internet : www.musee-orsay.fr

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