page créée le 10 décembre 2002
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Jean-Léon Gérôme, Golgotha Consummatum est, 1867,
huile sur toile, H. 0,635 m ; L. 0,980 m
Paris, musée d'Orsay
Un
paysage. Un pays sec où ne poussent que des oliviers entre les
pierres blanchies. Au loin, une ville. On en reconnaît les bâtiments
et le mur d'enceinte. Par un chemin, des hommes s'éloignent du
sommet de la colline d'où est pris le point de vue, les uns sont
à pied, les autres à cheval. Au premier plan, un terre-plein
écrasé par le soleil sur lequel se détachent trois
ombres. Au-dessus, une masse sombre qui pourrait être des nuages
orageux mais qui semble être la fin d'une éclipse puisque
l'on voit un croissant de lune[1].
Les trois ombres paraissent,
au premier regard, énigmatiques. Mais en regardant mieux on reconnaît
dans celle du milieu, la silhouette du Christ sur la croix. Les deux autres
sont alors identifiables à celles des deux larrons. Tout est maintenant
clair, il s'agit d'une représentation de la crucifixion et même
d'un moment précis de l'épisode biblique : celui où
le Christ vient de mourir et où les soldats romains s'en vont après
avoir constaté le décès, laissant le corps qui va
être détaché et enterré par Joseph d'Arimathie
et Nicodème. Le titre de l'œuvre est d'ailleurs sans équivoque
: Consummatum est. Ce sont les dernières paroles du Christ
: "tout est accompli" (Jn. 19, 30). Nous sommes à la
neuvième heure et pendant trois heures "il y eut des ténèbres
sur toute la terre" (Luc. 23, 49). Ces ténèbres se
dissipent quelque peu mais obscurcissent encore une partie du tableau.
Tout est maintenant fini. La vie terrestre du Messie vient de se terminer
est tout va être calme pendant trois jours.
Jean-Léon Gérôme
donne une représentation totalement innovatrice de cette scène,
à la suite de toutes celles qui ont vu le jour tout au long de
l'histoire de l'art chrétien. Ici, le peintre joue justement sur
le fait que le spectateur connaisse très bien la scène de
la crucifixion pour donner un autre point de vue, qui, s'il s'éloigne
de la représentation admise, n'en est pas moins pathétique.

Rembrandt,
Paysage aux trois arbres,
1643, eau-forte
[1]Il
ne s'agit bien évidemment pas de nuages, puisque l'on voit la lune,
cependant, il s'agit encore moins d'une éclipse puisque justement
on voit la lune et que le soleil, à l'opposé, jette les
ombres sur le sol. Dans l'esprit de l'artiste, il doit s'agir d'un phénomène
surnaturel survenu lors de la mort du Christ. Ces "ténèbres"
longues de trois heures, citées dans l'Evangile de Luc.