page créée le 18 octobre 2006
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Pierre-Victor Galland,
La Chaste Suzanne,
Dijon, Musée Magnin.

Pierre-Victor Galland, un Tiepolo français au XIXe siècle, Beauvais, Galerie nationale de la tapisserie, 18 octobre 2006-28 janvier 2007.

        Peintre et décorateur au service de la grande bourgeoisie tant parisienne que new-yorkaise ou peterbourgeoise, Pierre-Victor Galland est de fait tombé dans l'oubli, abjuré par les néo-bien-pensantes de la modernité. Pourtant, comme tant d'autres, méritait-il un tel sort ?
        L'exposition de Beauvais (présentée précédemment à Roubaix) tente de prouver le contraire. Il est vrai que dans un pays, la France, ou la demi-mesure dans le goût n'existe pas, on ne pouvait (et on ne peut toujours pas ou difficilement) admettre d'apprécier les artistes académiques autant que les avant-gardes.
        Une histoire idéale de l'art, cherche heureusement à passer au-delà du goût, pour trouver un semblant de vérité historique. Ainsi, ce serait faire preuve d'aveuglement de délaisser Galland, qui tint en son temps une place prépondérante dans la société. Rien que pour cela, il mérite mieux que le purgatoire où est jetée une foultitude d'artistes de ce 19e siècle dédaigné.
        Pourtant, au-delà d'un regard bienveillant pour le peintre décorateur qui savait caresser les bourgeois dans le sens du poil, qui s'inspira un peu trop des œuvres du passé (autant des décors palatiaux de Venise que des petites scènes flamandes), qui mangea son pain blanc avec l'éclectisme triomphant, qui fut soutenu par Philippe de Chennevières le directeur des Beaux-Arts pendant les années de l'Ordre moral (1873-1875) à qui il dut la direction du cours de composition décorative à l'Ecole des Beaux-Arts, qui s'accommoda de tous les régimes politiques, l'exposition de Beauvais nous permet de rencontrer un grand nombre d' œuvres qui font oublier toute condamnation. Parce qu'il y a là de la maîtrise, de la passion, du travail et un choix impressionnant de thèmes, de techniques, de tailles d'ouvrages, le visiteur découvre la véritable personnalité de l'artiste : un touche-à-tout ingénieux, un spectateur avide de la nature, un curieux qui avait toujours le crayon à la main. Ainsi si on ne sait pas apprécier les deux portraits peints de Napoléon III et de la princesse Eugénie (dont les versions en tapisserie ont disparu dans l'incendie des Gobelins en 1871), on s'arrêtera forcément devant cet impressionnant paysage Dans la forêt, la nuit (une nouvelle acquisition du musée départemental de l'Oise), tout en camaïeu qui appelle les recherches d'un Whistler ou devant ce beau bord de mer qui fait partie d'un montage de plusieurs dessins devant servir d'exemple à ses élèves (n°79) : quelques coups de pierre noire, de crayon de couleur, de sanguine et de craie blanche font apparaître l'éternité paisible d'une plage ou encore devant cette très belle tête laurée, vue en contre-plongée de profil (n°191). On regardera aussi les feuilles d'étude de plantes (entières ou en parties) qui ont servi pour les encadrements d'œuvres, comme celles du Panthéon de Paris et dont se sont largement inspirés ses élèves, les artistes de l'art nouveau comme Alphonse Mucha.
        Un point décevant tout de même est la prépondérance dans cette exposition des dessins, des études préparatoires et des esquisses et l'absence récurente d'œuvres finies. Il est vrai que celles-ci sont le plus souvent de grandes décorations encore en place (à la Mairie de Paris, au Panthéon, à la Sorbonne, dans l'hôtel Cail – actuel mairie du VIIIe arrondissement de Paris, etc.), mais un peu plus de reproductions en couleur auraient fait beaucoup d'effet. On apprécie cependant la juxtaposition de certains cartons peints et leur version en tapisserie par la manufacture des Gobelins, une chose inédite pour cette exposition de Beauvais qui n'a pas pu se faire auparavant à Roubaix.

Catalogue : 232 pages, 219 ill., 35 €

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