page créée le 20 janvier 2003
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Albert Edelfelt, Coucher de soleil à Kaukola, 1889-90,
H. 1,165 m ; L. 0,830 m, huile sur toile,
Helsinki, Ateneum, galerie nationale finlandaise
Comme
une majorité de peintres européens ou américains
qui lui sont contemporains, le peintre finlandais Albert Edelfelt (1854-1905)
est allé, à l'âge de 20 ans, étudier l'art
à Paris, où il est l'élève de Jean-Léon
Gérôme à l'Ecole nationale des Beaux-Arts. Au côté
de ce maître mais aussi au contact d'autres artistes, tant français
- dont principalement Jules Bastien-Lepage - qu'étrangers, il comprend
qu'à cette époque, un peintre ne peut plus se cantonner
dans le grand genre (la peinture religieuse et la peinture d'histoire)
mais doit s'adapter au nouveau marché de l'art qui s'est créé
au long du XIXe siècle. Ainsi, s'il commence à exécuter
des peintures que l'on serait tenté de qualifier d'académiques
dans lesquelles, à l'instar de Gérôme, il met l'accent
sur le côté anecdotique des scènes, il peint un grand
nombre de portraits de commande (dont le célèbre Portrait
de Louis Pasteur, 1885, Paris, musée d'Orsay) et de paysages
qu'il vend par l'intermédiaire des galeries d'art nouvellement
créées.
Dans les année
1870-80, il reçoit un accueil très favorable à Paris,
où il devient l'un des portraitistes favoris de la vie mondaine.
Toutefois, il ne peut oublier la Finlande et surtout ne veut pas manquer
de participer au grand mouvement artistique et nationaliste qui y apparaît
depuis quelques années. Il partage alors sa vie entre les deux
pays, en séjournant l'hiver en France et l'été en
Finlande. Là, les paysages et la vie quotidienne de ses conpatriotes
lui donne l'envie de se faire le traducteur des réalités
nouvelles.
A son époque, la
Finlande est, pour les Finnois, encore à découvrir. Après
des siècles de domination suédoise, ils sentent le besoin
de, on pourrait dire, mesurer leur pays, une certaine manière de
se le réapproprier. C'est ainsi que de nombreux artistes parcourent
les routes et les sentiers, les forêts de bouleaux et de sapins,
les lacs pour en comprendre les particularités, ressentir leurs
différences et retrouver leur identité. Ils recherchent
aussi les traces des héros du Kalevala, cette saga finlandaise
redécouverte au milieu du siècle, dont tous les personnages
mi-historiques mi-fantastiques ont, comme eux, évolué dans
cette même nature encore vierge.
C'est certainement au
cour d'une de ses déambulations dans les régions centrales
de la Finlande (suffisament éloignées des côtes plus
peuplées mais avant d'entrer dans le grand nord, à Kaukola,
au nord de Tempere) qu'Edelfelt s'émerveille devant le spectacle
qu'il retranscrit magnifiquement dans le tableau Coucher de soleil
à Kaukola : vu d'une hauteur où se disputent l'herbe
sèche et les rochers, un lac s'étend et serpente entre les
langues de terres couvertes d'une végétation touffue. Le
soleil, qui vient de disparaître derrière des nuages s'étirant
sur l'horizon, couche sur les eaux calmes une fine patine d'or. Cette
illumination magique, dans l'écrin sombre des masses des îles,
transforme la surface du lac en bijou inestimable.
Pour réaliser cette
oeuvre, Edelfelt semble avoir éprouvé les mêmes difficultés
que Claude Monet à la même époque, en Normandie. "Cet
effet dure en tout et pour tout un quart d'heure !" écrit-il
quand il peint le tableau. "A cet instant les reflets changeant des
étendues d'eau font briller l'argent, l'or, le rubis, la topaze
et l'onyx." Ainsi, même si en Finlande les couchers de soleil
d'été durent plusieurs heures, le moment que le peintre
veut représenter est relativement court. Mais à l'inverse
de Monet, qui cherche à représenter des instants de quelques
secondes et dans les tableaux duquel le temps se résume en une
seconde, une impression, chez Edelfelt c'est l'éternité
dans toute son immobilité qui est retranscrite. D'ailleurs, si,
de son côté, Monet tend vers la modernité en abandonnant
toutes références au passé, le Finnois reste attaché
à quelques influences culturelles. Ainsi, l'or qui innonde l'eau
du lac rappelle les fonds dorés des icônes médiévales.
Il y semble avoir la même signification : la dissolution de toutes
notions de temps et d'espace pour confronter le spectateur avec l'éternel.
Hiroshige, Kawasaki, 3e station de la série
des Cinquante-trois stations de la Tokaido.
biographie :
1854 (21 juillet) naissance à Poorvo
1871 entre à l'Université d'Helsinki
1873 entre à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers
1874 entre à l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris
1879 peint le Convoi funèbre de l'enfant, tableau important dans la constitution du réalisme finlandais
1882 expose Service religieux dans l'archipel de Nyland au Salon, pour lequel il remporte
une médaille de 2e classe
1883 il est le portraitiste favori dans toute l'Europe, jusqu'en Russie, un succès
qui dure jusqu'à sa mort
1883 expose à la galerie Petit avec le groupe des Jeunes, il est le représentant
des "Pays nordiques, la Russie comprise"
1885 exécute le Portrait de Louis Pasteur
1887 expose Jardin du Luxembourg au Salon. Décoré de la Légion
d'Honneur (officier en 1889 et commandeur en 1901)
1888 mariage avec la Finnoise Ellan de la Chapelle
1890 nommé membre à vie de la Société des Beaux-Arts
1905 (18 août) décès à Borgaen
Pour en savoir plus sur Albert
Edelfelt : http://www.fng.fi/fng/html4/en/art/collecti/people/a1/aedelfel/
(en anglais)
Pour en savoir un peu plus sur l'art en Finlande et sur le Kalevala : Akseli
Gallen-Kallela, La Mère
de Lemminkaïnen ainsi que la critique de l'exposition Das
Licht kommt jetzt von Norden.