page créée le 13 mai 2004
retour à la page principale
retour à la page _études_


Otto Dix, Femme avec un enfant, 1921,
huile sur toile, H. 1,200 m ; L. 0,810 m,
Dresde, Staatlichen Kunstsammlungen.

        Dans cette œuvre, le peintre allemand Otto Dix fait une référence évidence au thème chrétien de la Madonne à l’enfant qui a proliféré au Moyen-Age et à la Renaissance. Il en reprend les ingrédients : la femme a posé son bébé sur son bras droit et le tient fermement de sa main gauche. Elle a les yeux baissés, tandis que l’enfant regarde le spectateur dans les yeux.
        Une madonne à l’enfant, vraiment ? Le spectateur est plutôt enclin à voir autre chose dans ce tableau. Non plus une image sainte et vénérable mais une scène de la vie quotidienne dans l’Allemagne vaincue de l’après-première guerre mondiale. Les visages émaciés du nourisson et de la mère, les yeux globuleux et exorbités de celle-ci, la couleur pâle des peaux indiquent un état de sous-alimentation, très fréquent dans les quartiers populaires des villes allemandes à cette époque.
        Que le spectateur détourne les yeux des personnages et il découvre que les maigres éléments du décor amplifient eux-aussi l’impression de pauvreté. A droite, un mur « percé » d’une fenêtre, au travers de laquelle rien ne se voit et dans laquelle rien ne se reflète. A gauche, un autre mur creusé non pas d’éclats d’obus (contrairement à la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne n’a pas ou peu connu de dégâts pendant la première guerre) mais des marques non réparées du temps. Entre les deux, un espace sombre, certainement un passage vers une cours intérieure, dans lequel les deux personnages vont disparaître, quand le peintre en aura fini avec eux.
        Autre détail qui indique la dure vie d’un quartier populaire, la grosse main aux veines saillantes de la mère ; une main d’ouvrière. Une main disproportionnée, rugueuse et calleuse, qui jure à côté de la fragilité du bébé. A elle seule, cette main raconte tout le dilemme auquel la femme doit faire face : devenue mère, elle doit rester à la maison pour s’occuper de son enfant. C’est-à-dire qu’elle ne recevra pas la paie dont elle a pourtant besoin pour le nourrir. De plus, elle risque de perdre son travail, si ce n’est pas déjà fait. Dans le premier quart du XXe siècle, de nombreux combats sociaux sont encore à mener. Mais cela est difficile dans une Allemagne qui doit faire face à une crise monnaitaire sans précédent.
        Seule note positive de cette œuvre, le visage encore rieur du nourisson. Le peintre a d’ailleurs retranscrit les traits de ce visage avec une magnifique justesse (prouvant par là qu’il l’a longuement étudié). Cette figure innocente, ce timide sourire au milieu de tant de détresse, contient tout l’espoir d’un avenir qui ne peut être que meilleur. Un espoir qui rappelle évidemment la Bonne Nouvelle chrétienne.

retour à la page _études_
retour à la page principale