page créée le 4 novembre 2004
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Jean Dieuzaide, Rousillon, Prats de ollo, 1958
Rétrospective Jean Dieuzaide, Lyon, Biblothèque de la Part-Dieu,
1er octobre 2004-4 janvier 2005
L’œuvre photographique de Jean Dieuzaide, mort en 2003, est on ne
peut plus diverse. en 1944, il commence sa carrière par un reportage
sur la libération de Toulouse, dans lequel on sent l’influence
des grands reporters comme Robert Capa. Cette influence se voit encore par la
suite dans les prises de vue qu’il fait lors de déplacements à
l’étranger mais aussi en France. Il tente de capter l’insolite,
le typique dans des scènes de la vie quotidienne, dans des représentations
d’autochtones. Il pratique aussi le portrait de célébrités
: Pablo Picasso, Salvador Dalí, Georges Mathieu, Eugène Ionesco,
Jean Giono (dont il fait le dernier portrait), Olivier Messiaen, etc.
Mais on sent déjà dans toutes ces photos un vif intérêt
dans le travail de la composition et les manières de s’échapper
des prises de vue traditionnelles (il s’amuse ainsi avec les reflets sur
une vitrine, sur des lunettes de soleil et même sur l’objectif d’un
appareil photo). Dans les années 1960, ne pouvant pas se contenter de
ces travaux documentaires, il s’engage dans un nombre impressionnant de
voies qui n’ont finalement peu de choses en commun les unes avec les autres.
Les personnages passent au second plan ou disparaissent complètement
pour laisser la place au jeu de l’ombre et de la lumière et/ou
aux formes extraordinaires de la nature et des œuvres architecturales.
Son travail devient alors une réelle recherche formelle et esthétique.
Il s’amuse avec les plongées et contre-plongées (certainement
influencé en cela par Alexander Rodtchenko). Ce qui le mène à
prendre ses vues d’un avion (devançant en cela Yann Arthus-Bertrand
de plus de 30 ans). Il s’étonne devant les effets tourbillonants
des racines d’un saule, aux volutes des dunes du désert, aux courbes
du brai (série Mon aventure avec le brai, 1958-1960) aux figures étranges
dans les détails des objets quotidiens (Vacances dans ma maison, 1970).
Aux répétitions rythmiques des objets manufacturés et de
l’architecture : tuyaux d’orgue, voûtes en berceau, piliers
d’église, façades d’usine ou de parkings… Il
tente même la couleur dans quelques œuvres des années 1970,
des étonnants Centrichimigrammes (1970), des natures-mortes avec un simple
vase de fleurs (1976). Mais dans ces travaux, les couleurs ne jouent pas en
plein. Ce sont très souvent presque des monochromes (surtout dans les
natures-mortes), aux tristes teintes automnales.
Après avoir parcouru quelques mètres dans cette exposition, on
pourra être déçu, comme je l’ai été,
de voir que Jean Dieuzaide ait pu se disperser dans différentes voies.
Mais en réfléchissant plus avant, on est ravi de voir qu’il
ne s’est pas contenté d’être un sous Cartier-Bresson,
un sous Doisneau ou un sous Capa comme a pu l’augurer le début
de sa carrière mais que grâce à une décisive recherche
esthétique, il est passé à d’autres formes d’expression.
Les différentes salles de cette rétrospective le montre plus qu’admirablement.
Les commissaires ont su mettre en valeur l’évolution autant chronologique
que formelle et thématique de sa carrière.
Il n’est pas publié de catalogue à l’occasion de cette exposition.
Site internet : www.bm-lyon.fr/