page créée le 15 octobre 2002
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Robert Koehler, La Grève, 1886, huile sur
toile,
H. 1,816 ; L. 275,6 Berlin, Deutsches Historisches Museum.
Die zweite Schöpfung (la deuxième genèse),
Berlin, Martin Gropius Bau, 31 juillet - 21 octobre 2002.
L’art et l’industrie sont-ils deux mondes que tout oppose
? De nombreuses œuvres du 20e siècle ont prouvé que
ce n’était bien sûr pas le cas. Cependant, la représentation
par le premier des scènes de la seconde remonte bien plus loin
dans le temps. Sans avoir à faire intervenir les bas-reliefs égyptiens
ou vases grecs, cette exposition présente en vingt salles et de
manière chronologique des représentations du monde industriel
depuis le 18e siècle, moment où l’industrialisation
est devenue incontournable dans les sociétés européennes,
jusqu’à nos jours.
Après un préambule constitué de quelques peintures
du Moyen-Age et de la Renaissance présentant les travaux des mines
sous la houlette de différents personnages religieux ou mythologiques
(le prophète Daniel – patron des mineurs –, Saturne
– devenu pour une œuvre le dieu tutélaire de toutes
les activités liées à la terre –, Vulcain ou
Fortune) et les premières scènes réalistes de la
Hollande protestante, on passe dans l’Angleterre de la Révolution
industrielle.
Dès cette époque, on comprend que l’industrie va changer
profondément la société, d’où l’idée
d’une deuxième genèse : sous l’influence des
Lumières, l’homme réévalue son rapport à
Dieu et devient le créateur de son propre futur. Au mitan du 18e
siècle, les nouveaux paysages industriels deviennent de véritables
attractions touristiques. Les peintres anglais s’intéressent
aux effets inédits de la fumée et de la vapeur. Ils aiment
surtout montrer l’empreinte humaine dans le paysage.
Mais l’industrie est un monstre en expansion et dès le début
du siècle suivant, elle s’insinue petit à petit dans
le paysage, sous la forme de cheminées fumantes puis de trains
(ces derniers rappelant d’ailleurs que le rail s’étendant
toujours plus, raccourcit les distances et facilite les échanges
commerciaux). De plus, elle devient le thème principal de quelques
toiles, occupant tout l’espace pictural et cherchant à surpasser
la nature.
La bourgeoisie, véritable
maîtresse de ce nouveau monde, commande des vues idylliques des
installations industrielles et des portraits sur fond d’usines fumantes.
Au même moment, les artistes découvrent l’esthétique
du travail. La masse anonyme des ouvriers travaille en symbiose avec ses
outils et pour le bien de tous. La contestation sociale n’est pas
encore de mise. Elle vient, avec les mouvements ouvriers des années
1880. Mais, à cette époque, peu de peintres s’en font
l’écho. Le peintre belge Constantin Meunier se fait leur
porte-parole. Il montre leur dignité au milieu de ce « pays
noir » qu’est alors la Wallonie de l’époque.
Cependant, les artistes ne peuvent pas toujours se permettre de donner
dans la contestation, la puissante bourgeoisie, mais aussi les états
(et principalement les états totalitaires issus de la première
guerre mondiale) sont les commanditaires d’œuvres édifiantes.
Face à cet art de propagande, certains artistes cherchent une nouvelle
esthétique de la machine et des rapports inédits qu’elle
impose. C’est le temps du futurisme, du cubisme et du constructivisme.
Mais la machine inquiète aussi, surtout à la suite de la
première guerre. Force de progrès menant à la Ville
utopique, elle peut aussi être force destructrice et supplanter
son créateur.
Suite à la seconde guerre mondiale, les années de la reconstruction
sont des années fastes pour le renouveau de l’industrie.
Néanmoins, le monde et la place de la machine sont à revoir.
Au cour du conflit, celle-ci a montré toute sa capacité
négative. Son rapport à l’humain et à la nature
est à recomposer. L’art se fait la voix d’une nouvelle
contestation sociale, qui éclate dans les années 1960 et
perdure dans la décennie suivante. Elle s’adoucit dans les
années 1980, quand l’artiste prend conscience que la société
est entrée dans le post-modernisme et le post-industrialisme. On
s’intéresse alors plutôt à l’esthétique
de la ruine et de la friche industrielle, délaissant peut-être
la préoccupation de l’environnement, qui connaît un
enracinement dans les valeurs au cours des années 1990.
Cette exposition présente un panel très large d’œuvres
montrant les divers liens de l’art et de l’industrie. On regrettera
néanmoins le choix de donner une trop belle place à la peinture
et à la photographie et de délaisser la sculpture et l’architecture.
Ainsi, que le parti de se centrer presque exclusivement sur l’art
de l’Allemagne et de mésestimer les différents mouvements
sociaux qui agitent l’Europe autant dans le 19e siècle que
dans le 20e siècle. Ceci a néanmoins l’intérêt
de présenter, une certaine production artistique de la R.D.A.,
en parallèle à celle de la R.F.A. Une production intéressante,
loin des clichés du réalisme socialiste, qui prouve que
les artistes se permettaient une évidente critique de l’appareil
politique et économique.
Grâce à cette exposition nous comprenons, si le besoin en
était, que l’art et l’industrie ont depuis longtemps
noué des liens qui se sont renforcés au cours du temps.
Elle prouve aussi que nous sommes arrivés à un tournant
décisif de l’industrialisme tel qu’on le connaît
depuis deux siècles. Ceci nous amène bien entendu à
nous demander quelle sera la nature des liens de l’art et de l’industrie
dans l’avenir, les nouvelles technologies attirant actuellement
l’art vers de nouveaux horizons.
Catalogue, en allemand,environ 400 pages, 330 reproductions en couleurs, 26 euros.
site internet : www.dhm.de/ausstellungen/industriebilder/
(en allemand).
site du Martin Gropius Bau : www.berlinerfestspiele.de/gropiusbau/