page créée le 19 novembre 2006
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Maurice Denis, Paris, Musée d'Orsay, 31 octobre 2006-21 janvier 2007

        En parcourant les salles de cette exposition, une pensée m'est venue : il y a peu d'artistes qui ont fait preuve d'une grande inventivité tout au long de leur carrière. Pour une (très ?) grande majorité d'entre eux, dont le nom occupe une place dans l'histoire de l'art, l'intérêt qu'on leur porte tient à un certain nombre d'œuvres exécutées dans leur jeunesse, ce qui suit n'est soit qu'un prolongement, voire une répétition de ces premières réussites, soit comme un « affaiblissement » de leurs possibilités artistiques. Les raisons en sont multiples et sont avant tout à trouver dans leur personnalité et leur existence.
        Maurice Denis, décidément, fait partie de cette grande majorité. En effet, si ce peintre est connu, c'est avant tout pour ses premières œuvres, celles qui datent de l'époque du groupe « Nabis ». Bien entendu, il aurait été vain de limiter cette exposition à la seule salle où sont présentées ces étonnantes petites œuvres qui ne sont que des taches colorées, presque abstraites, fruit d'une sorte de rivalité de synthétisme entre Denis et ses amis Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Félix Vallotton, etc et qui annoncent avec quinze ans d'avance les recherches chromatiques du fauvisme. Cela aurait été vain est anti-productif, le propos des commissaires de l'exposition étant justement de faire découvrir les facettes moins connues de la carrière de Maurice Denis.
        Chez celui-ci, comme chez beaucoup d'artistes, les raisons d'un tel « affaiblissement artistique » tient surtout à l'existence rangée puis bourgeoise qu'il mène dès le milieu des années 1890 et principalement, avouons-le franchement, à la suite de son mariage avec Marthe Meurier. A partir de là, la figure de sa fiancée puis de sa femme occupe ses tableaux (apparaissant jusqu'à trois fois sur une même toile) avant que n'apparaissent les enfants. Ainsi, au lieu d'explorer le monde que le dieu auquel il croit a rempli de merveilles, le peintre préfère se replier sur son grand amour et sa petite existence ; il peint des intérieurs ou des sorties sur la plage de Perros-Guirrec (où il a acquis Silencio, une imposante maison de villégiature). Acceptons que les miracles de l'amour et de la vie sont des choses qui chamboulent un homme, mais tant d'artistes s'y sont enfermés auparavant et par la suite que l'on finit par n'y trouve plus beaucoup d'intérêt.
        La marque des très grands artistes n'est-elle finalement pas déterminée par ce fait ? Ceux-ci n'ont-ils pas la capacité de passer outre les murs du cocon familiale pour découvrir, même dans les scènes les plus intimes, l'accent d'universalité qu'elles contiennent ? Il est vrai que certains (un grand nombre ? une majorité ?) de ces grands artistes sont restés célibataires et sans enfants, comme Eugène Delacroix. Mais il en est d'autres qui ont vécu maritalement et on eu des enfants : Gustave Courbet, Claude Monet, Paul Cézanne, Pablo Picasso… Mais loin de moi l'idée de vouloir créer une hiérarchie d'artistes selon leurs capacités à savoir faire la part des choses entre vie de famille et création artistique, depuis celui qui nous étonne à chacune de ses œuvres jusqu'à celui qui nous ressasse sempiternellement les portraits de sa femme et de ses enfants (à l'instar de la pire des soirées diapositives). Car en effet, on ne s'ennuie pas dans les salles qui présentent le « retour à l'ordre » classicisant de Maurice Denis, dans les premières années du 20e siècle. Au contraire, on trouve un certain intérêt devant ces scènes assez étranges. Et on sait gré aux commissaires d'avoir pu les rassembler pour faire découvrir ces facettes fort peu connues de notre peintre. On applaudit d'ailleurs la possibilité d'admirer les impressionnants ensembles décoratifs que Denis conçut pour ses amis comme La Légende de saint Hubert (1897) pour le baron Henry Cochin ou les panneaux de L'Histoire de Psyché (1908) pour Ivan Morosov, venus spécialement de Saint-Pétersbourg. On regrettera juste que la « recette » nabi fut un rapide feu de paille dans la carrière de l'artiste et que, finalement, ses intérêts divergèrent du chemin que ses premiers travaux ont ouvert.

catalogue : 288 pages, 150 ill., 39 €
site internet : Musée d'Orsay


Maurice Denis,
Taches de soleil sur la terrasse, 1890
huile sur toile, H. 0,24 m ; L. 0,205 m
Paris, musée d'Orsay

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