page créée le 8 août 2006
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Paul Delaroche,
La Jeune Martyre, 1855,
huile sur toile, H. 1,71 m. ; L. 1,48 m,
Paris, Musée du Louvre.

        Quand Paul Delaroche peint ce tableau en 1855, la mode aux jeunes filles éthérées est bien passée. C'est sous les pinceaux d'Ary Scheffer, dans les années 1830, qu'elles avaient connu leur plus belle heure de gloire ; avant que Charles Baudelaire et Théophile Gautier ne les trouvent bégueules, maladives, souffrant d'affections pulmonaires. Il est vrai que ces pauvres créatures semblaient avoir vécu toute leur existence dans des catacombes, avant d'être martyrisées dans la lumière pâle d'un jour, puis de nouveau enterrées dans ces mêmes catacombes d'où leurs ossements seraient extirpés dans cette première moitié du 19e siècle.
        Que n'a-t-on pas écrit sur ces supposées vierges martyres, ces philomènes, ces domitilles, dans cette période à la recherche de pureté religieuse ? Comme dans ce Moyen-Age qu'on idéalisait encore, on leur inventait des vies, d'atroces martyres, une récompense méritée au Ciel…
        Mais, ces existences livrées à la vue des bourgeois leur montraient-elles le chemin d'une meilleure vie ?
        Pour sa part, à l'occasion de ce tableau, Paul Delaroche ne semble pas avoir cure de tous ces aléas du monde. S'il peint cette toile, c'est uniquement pour exprimer son chagrin d'avoir perdu sa fille. Un enfant qui décède c'est toujours un martyr de l'innocence, de la pureté. Dans son œuvre, le peintre paraît exprimer cette innocence, cette pureté par la simplicité de la composition, tout comme le deuil est exprimé par les ténèbres qui ont envahi la toile.
        Delaroche ne représente pas sa fille sur son lit de mort. Il préfère peindre une scène historique, plus pudique. Une jeune fille – qu'importe qu'elle soit vierge, martyre – surnage des flots sombres aux vaguelettes irisées formant un halo de lumière autour du doux visage ; seul détail véritablement lumineux de l'œuvre. Au-dessus près d'un massif ténébreux qu'on imagine rocailleux, une sombre forme humaine regarde la martyre.
        Qui est cet homme ? On croira trop vite qu'il s'agit du bourreau, qui vient de jeter le corps à l'eau et qui le regarde s'éloigner ou sombrer. Mais une prise de vue plus claire permet de remarquer qu'il est accompagné d'une femme éplorée se reposant sur son épaule gauche. Ce serait alors les parents de la jeune fille. Là où on était prêt à voir l'œil cynique de celui qui a raison, on découvre l'œil rempli de larmes de ceux qui aiment.

        

        Enfin, cette même prise de vue permet aussi de découvrir la proue d'une barque à côté de la martyre. Ce détail paraît maintenant bien inutile. Pourquoi le peintre a-t-il cru bon de le représenter ? On finit par comprendre que, à son habitude, Paul Delaroche n'a pas pu s'empêcher d'étaler sa culture historiciste plutôt que de créer une œuvre simple et forte – ce qu'elle est tout de même devenu grâce aux ravages du temps.

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