page créée le 18 février 2003
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         Au cours de l'année 1829, le sculpteur David d'Angers séjourne deux mois à Weimar pour exécuter le buste de Johann Wolfgang von Goethe. Pendant cette période, une grande entente s'installe entre les deux hommes. Ce n'est plus la relation sculpteur-modèle, un peu froide et distante, mais une réelle amitié. Si bien que dans ses carnets, David préfère noter de nombreuses bribes de discussions ou des avis émis par chacun d'eux plutôt que de faire un rapport de l'évolution de son travail.
         A la lecture de ces lignes on apprend alors à mieux connaître le personnage Goethe. Nous ne le voyons pas évoluer dans sa vie de tous les jours (David ne s'y intéresse que dans la première partie de son texte) mais dans ses pensées, ses idées, ses souvenirs. Nous découvrons alors un Goethe francophile : admirateur de Napoléon 1er, lecteur assidu et enthousiaste du Globe ainsi que des impromptus de Molière et passionné par les cours d'histoire de François Guizot qu'il suit par correspondance ; Mais c'est aussi un Européen convaincu comme l'indiquent les nombreuses fois où il emploie le mot "Europe".
         Dans ce texte, on sent David vivement impressionné par le grand homme, dont il a conscience des qualités (la renommée de Goethe a depuis longtemps passée les fontières allemandes). Il sait qu'il vit un moment important de sa vie et se fait un point d'honneur de rapporter ce qu'il voit, entend et ressent.
         Mais le plus étonnant dans cette amitié est certainement la forte impression que le sculpteur fait sur l'écrivain lui-même. Impression bien sensible lors des adieux entre les deux hommes. Ceci nous indique, d'une part, les qualités intellectuelles de David (qui sont visibles, pour nous lecteurs, à chaque ligne de sa prose), mais aussi, d'autre part, combien Goethe semble seul et combien il est content de rencontrer quelqu'un comme David. En effet, ce dernier parle très peu de réels amis dans l'entourage de l'écrivain et seuls "la Société", avec tout ce que cette expression peut sous-entendre de suffisance, de pédanterie et d'importance, et des admirateurs "qui viennent avec délire se jeter à ses pieds" sont les visiteurs qu'il reçoit. Il est vrai que Schiller est mort depuis 1805 et qu'en cette année 1829, Goethe a failli être terrassé par une grave maladie. Ces deux évènements ont causé un profond repliement sur lui-même.
         David rend le sentiment de cette solitude en évoquant un Goethe quasiment immatériel. Il écrit que l'écrivain "venait toujours [le] voir à l’instant où [il l’attendait] le moins. [Il voyait] cette figure colossale qui arrivait sans le plus léger bruit ; car il marche toujours comme s’il n’était pas sur terre." Une image qu'il reprend encore à la fin du texte. De plus, les sentences du maître de maison, rapportées par le sculpteur, sonnent presque comme un écho et la répétion des "Goethe pense" et "Goethe dit" renforce cette impression d'immatérialité. Ainsi, en lisant ces lignes, on imagine Goethe comme un pur esprit, ce qu'il a toujours été, il est vrai, mais ce qu'il tend à être de plus en plus à l'approche de la mort.

         Ce que nous publions est une partie des notes prises par David d'Angers pendant son séjour en Allemagne à la fin de l'été 1829. Les carnets de l'artiste sont conservés au Musée qui porte son nom à Angers.


Légé et Bergeron,
Portrait de David d'Angers,
H. 0,110 m ; L. 0,070 m

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