page créée le 7 mai 2004
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Robert Capa,
Pablo Picasso et Françoise Gilot (en arrière-plan
le neveu de Picasso Javier Vicaro)
, Golfe-Juan, 1948

Robert Capa, Tváre dejin, Faces of History (Robert Capa, les visages de l’histoire), Prague, Obecní dum (Maison municipale), 7 avril-11 juillet 2004.

        Le photographe Robert Capa (1913-1954) est avant tout connu comme photo-reporter. Des années 1930 aux années 1950, il a couvert presque tous les conflits dans le monde entier : de la guerre d’Espagne à celle d’Indochine (c’est d’ailleurs là qu’il trouve la mort : en marchant sur une mine alors qu’il suit un détachement de soldats), en passant par la deuxième guerre sino-japonaise, le Blitz sur Londres, la libération de la Sicile, le débarquement de Normandie, la libération de Paris, la fondation d’Israël…
        On retrouve des photos de tous ces évènements dans l’exposition montrée dans la somptueuse Maison municipale de Prague. Mais, pour pouvoir rester dans des proportions raisonnables, les organisateurs ont voulu se concentrer sur le thème du portrait. Cette façon d’aborder l’œuvre de Capa est plus qu’intéressante puisqu’elle permet de suivre un de ses principaux fils conducteurs : l’approche personnelle de son sujet par le photographe. Cette approche est d’ailleurs résumée par une phrase de Capa lui-même, sous la forme d'un conseil à un photographe débutant : « Aime les gens et fais le leur savoir. » Aimer l'humanité, c'est bien là le propre de Robert Capa. Dans bon nombre de ses photos, il montre donc des visages particuliers, il restitue leur identité à des personnes que les évènements auxquels ils participent forcent à se fondre dans la masse. Pour Capa, qui a toujours détesté les guerres, l'attachement à l'individualité est primordial. Il expose ainsi des visages d’êtres humains sur lesquels on peut lire, si ce n’est un futur, du moins un passé et un présent, des sentiments : du courage, de la volonté, de la tristesse, du découragement, de l’abnégation... Dans ses travaux, pas de parti-pris. Les deux côtés qui s'affrontent sont égaux. Cela se voit par exemple dans les portraits de jeunes soldats allemands prisonniers en 1945, ou dans ceux des femmes rasées de la libération (non montrés ici). En temps de guerre, les êtres humains, autant les hommes que les femmes, sont emportés par des évènements qui les dépassent et ne réagissent pas toujours de façon raisonnable. Qui saurait le leur reprocher ? Pas Robert Capa et il propose sa vision des choses au spectateur.
        Par ailleurs, à côté de ce travail plutôt journalistique (d'ailleurs, la question de la limite entre le journalisme et l'art est ici pertinente), sont montrés d’autres portraits : des amis du photographe. On voit ainsi, dans des situations de leur vie quotidienne, Ernest Hemingway, Truman Capote, John Steinbeck, John Huston, Humphrey Bogard, Ingrid Bergman, Henri Matisse, Pablo Picasso. Ces photos sont à la fois plus personnelles, puisque se sont des amis, mais aussi plus mondaines, parce que se sont des personnes connues. Mais ce sont avant tout de véritables œuvres d’art, dans lesquelles la composition, l’ombre et la lumière, les positions sont finement étudiées. Elles montrent que Robert Capa n’est pas seulement le reporter intrépide qui s’engage sur tous les fronts, mais qu’il aime aussi la grande vie des capitales occidentales.
        Magré cela, les organisateurs de cette exposition n’ont pas pu s’empêcher de tomber quelques fois dans le sensationnalisme (mais que celui qui ne serait pas tenté leur jette la première pierre !). Ainsi, à côté de véritables portraits des acteurs de la vie quotidienne, ils présentent des photographies qui ne sont pas à proprement parlé des portraits : on revoit pour l'énième fois le soldat de la guerre d’Espagne au moment précis où il s’effondre frappé par une balle fasciste (on nous apprend toutefois son nom – que j’ai oublié de noter ! –), le GI plongé jusqu’au cou dans les eaux d’Omaha Beach, ainsi que la pathétique dernière photo de Capa quelques minutes avant qu’il ne marche sur la mine fatidique. Ces photos, ainsi que quelques autres, ne sont pas des portraits mais grâce à leur caractère de vérité, elles ne peuvent qu’être attirantes et par là même admirables. Mais attention à la dérive dans le hors-sujet, il n'est jamais très honnête.

site internet : www.obecnidum.cz (en tchèque et en anglais)

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