page créée le 8 février 2004
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En Allemagne, la bougie tient une place prépondérante.
Dans toutes bonnes maisons ou appartements qui se respectent, il y a
toujours au moins une bougie qui brûle sur une tablette du salon
ou sur la table de la salle à manger. Ceci surtout en hiver,
qui est la saison des bougies : quand, la nuit tombe entre 16 heures
et 17 heures, une bougie allumée donne toujours une impression
de vie, de chaleur, bref d’accueil. Par ailleurs, toute l'année,
à la maison, quand tout le monde passe à table, il n’est
pas rare qu’une, ou plus souvent deux bougies soient allumées.
Toutes les lumières électriques sont alors éteintes
ou du moin baissées (certaines fois, la pénombre est tellement
forte que l’on ne voit pas ce que l’on mange). Mais le plus
étonnant est qu’il n’est pas rare non plus qu’à
midi et même pour le petit déjeuner des bougies soient
allumées alors qu’il fait grand jour.
Mais il faut bien comprendre que les bougies servent à donner
une ambiance apaisante et accueillante, une Gemütlichkeit
(mot qui n’a pas exactement de traduction en français,
mais pour lequel le dictionnaire donne confort, intimité) plutôt
qu’une ambiance romantique (que d’aucuns qualifieront de
« à la française »). Cette habitude n’est
pas réservée à la seule maison, dans de nombreux
bars, une bougie est placée sur chaque table, le plus souvent
disposée avec art ou avec recherche – comme dans de petits
sacs en papier imprimés au label de ce bar de l’Orianenburgerstraße
à Berlin –. Dans les restaurants la bougie est la première
chose apportée sur la table (quand elle n’y est déjà
pas), bien avant les couverts et bien sûr le pain et l’eau,
le sel, le poivre, la moutarde…
L’origine de cette tradition de la bougie est évidemment
à trouver dans le passé lointain. Dans un pays où
l’hiver, je le rappelle, dure six mois, la lumière est
un bien précieux dont on ne fera jamais assez cas. Dans d’autres
pays nordiques, une lumière, bougie ou autre – il faut
faire un peu de place à la modernité ! – est ainsi
placée près de la fenêtre donnant sur la rue ou
sur la route pour indiquer au passant qu’il y a quelqu’un
à la maison et qu’il peut venir sonner s’il y a besoin.
Par ailleurs, en Allemagne, il existe une superstition à propos
de la bougie : il ne faut jamais allumer une cigarette à la flamme
d’une bougie, sinon un marin meurt dans l’instant. Je ne
sais pas d’où vient cette croyance mais en tout cas, il
est vrai que vu le nombre élevé de bougies qui sont allumées
chaque jour dans tout le pays et le nombre certainement relativement
bas de marins – l’Allemagne n’a de débouchés
que sur la mer du Nord et la Baltique –, il suffirait de quelques
jours pour qu’il n’y ait plus une seul matelot sur toute
la côte. Cette croyance est encore très vivace et on ne
verra jamais un Allemand ou une Allemande le faire. Ils préfèreront
fouiller toute la maison ou demander à tous les clients du bar
pour trouver des allumettes ou un briquet plutôt que d’allumer
leur cigarette à la bougie qui est placée devant eux.
Chose encore plus étonnante pour moi, j’ai même vu
une amie embraser une allumette à la flamme d’une bougie
et s’en servir pour allumer sa cigarette !
Etant non fumeur, je n’ai jamais eu l’honneur d’honorer
cette croyance ou même d’essayer, par pur esprit de contradiction
idiot, de braver l’interdit. D’ailleurs, en tant que Français,
je ne sais pas si la malédiction aurait effet et si oui, ferais-je
mourir un marin allemand ou un marin français ? Mais en y pensant,
en tant que Breton, je ne trouve pas très enchanteresse l’idée
de tuer un marin.
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