page créée le 27 novembre 2003
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La Bouffe à Berlin
Comme
toutes les grandes villes, Berlin est une ville cosmopolite. Dans les
rues, les ethnies, les religions, les langues, les couleurs, les senteurs
se rencontrent, se parlent, se voient, se sentent.
Comme dans toutes les
grandes villes, chacun est venu chercher un espoir, un travail, un amour.
Question travail, chacun a entrepris ce qu’il sait faire et très
souvent a ouvert un restaurant ou un imbiss (restauration rapide). Ainsi
à côté des fatidiques barraques de curry-wurst allemandes
(de grosses saucisses grillées coupées en rondelles et immergées
dans du ketchup couvert de curry) sont apparus, dans les années
1970, des restaurants de kebab (écrits ici kebap), dans les années
1980, des restaurants asiatiques, grecs, libanais, indiens et dans les
années 1990, des sushi-bars et de multiples chaînes à
la suite de Mc Donald : Pizza Hut, Nordsee, etc. Par contre, les sandwichs
sont presque totalement absent, que ce soit dans les boulangeries de quartier
ou industrielles. Dans ce genre, ce qu’on peut trouver pour un prix
assez élevé ce sont de petits sandwitchs remplis de choses
diverses, mais un simple jambon-beurre, nenni.
Au milieu de cette restauration
rapide et huileuse, ce sont tout de même les kebabs et les china-pfannen
(cuisine asiatique au wok) qui sont les plus appréciés.
D’ailleurs, le saviez-vous ? Le kebab, tel qu’on le connaît
actuellement, c’est-à-dire servi dans du pain avec de la
salade et une invention des Turcs de Berlin, de Kreuzberg, plus précisément.
Auparavant, en Turquie, il s’agissait de brochettes (kebab, en turc)
de viande cuites au feu de bois (Théophile Gautier en parle déjà
dans son voyage en Turquie).
Devenus l’emblème
des Turcs de Berlin, les restaurants de kebab se sont développés
à une grande vitesse. Dans certains quartiers (les plus populaires,
à forte densité immigrée) ils ne se comptent plus
et occupent parfois les quatre coins d’un carrefour. Une chose est
cependant à remarquer, c’est l’absence à peu
près totale de ces restaurants dans l’ancienne partie est.
La raison est que les Turcs ont immigrés vers la R.F.A. et non
vers la R.D.A. Ceci est bien sensible en passant le « mur »
au niveau de la Bernauerstrasse, entre Prenzlauerberg (est) vers Wedding
(ouest) : d’un côté ce ne sont que galeries d’art,
bars, restaurations plus ou moins alternatifs et de l’autre, une
ambiance étonnement beaucoup plus méditerranéenne.
Pour leur part, les restaurants
asiatiques ont connu un développement presque aussi rapide. Avec
cependant une présence plus marquée à l’est
(est-ce dû au fait d’une immigration chinoise et viet-namienne
dans la R.D.A. ? Je n’ai malheureusement pas la réponse).
La cuisine asiatique, si raffinée, a bien sû s’adapter
à la restauration rapide (en perdant de sa raffinité, il
est vrai) en proposant des plats de pâtes avec viande et légumes
dans des réceptacles cartonnés. Bien entendu, on ne vous
donnera pas de baguettes avec cela et le consommateur doit se servir d’une
simple fourchette en plastique.
Dans cette situation,
on peut croire qu’entre les Turcs et les Asiatiques se serait entamer
une guerre sans merci, dans l’intention d’accaparer le monopole
de la restauration rapide dans la capitale fédérale allemande.
Si cela a été – est peut-être toujours –
le cas, il est tout de même étonnant de voir quelquefois
que les spécialités turcs et asiatiques sont proposées
dans un même restaurant. Il semble s’agir là d’une
association et non pas de l’empiètement des uns sur le territoire
des autres, puisque ce n’est pas le restaurateur turc qui s’en
occupe mais bien un asiatique. Ainsi, après un premier exemple
aux environs de la gare de Zoologischer Garten, un restaurant turc ou
j’ai mes habitudes, sur la Potsdamerstrasse (fig), offre lui-aussi
maintenant de ces china-pfannen.
Véritable choc
des genres, réel choc des cultures ! Mais le plus étonnant
et que dans ce même restaurant, la musique turque a laissé
place à cette musique mielleuse asiatique qui singe la même
musique populaire occidentale. Est-ce là la restauration des années
00 du XXIe siècle ? Pouvoir manger un kebab en écoutant
de la musique asiatique ? En attendant de déguster des cepavacici
en écoutant du tango argentin voire même un cassoulet toulousain
sur fond de didjéradou ?
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