page créée le 8 mai 2007
retour à la page principale
retour à la page _expositions_

Jules Bastien-Lepage, Autoportrait, v. 1880,
huile sur toile, H. 0,555 m ; L. 0,460 m,
Paris, musée d’Orsay
Jules Bastien-Lepage, Paris, Musée d'Orsay, 6 mars-13 mai 2007
Jules Bastien-Lepage fait partie de ces nombreux peintres du 19e siècle qui connurent une grande notoriété de leur vivant et qui furent oubliés par la suite ; de ces nombreux peintres que l'on redécouvre depuis quelques années. Heureusement, le temps est fini où les commissaires se creusaient la tête pour découvrir chez ces artistes de véritables ou de fallacieux penchants pour l'avant-garde dans le but d'expliquer l'intérêt de leur accorder une rétrospective. Ici, on ne reconnaît à Bastien-Lepage que l'intérêt de son art propre, sans faire de lui un génie incompris, ni un nul surestimé. Il a été un bon peintre qui choisit la voie prudente d'une peinture sans coup d'éclat, du naturalisme et des portraits ; ce qui lui a évidemment permis de bien vivre tout en conservant suffisament de liberté d'expression. Comme un bon nombre de ses contemporains (il fut actif sous la troisième République), il a digéré l'art des prédécesseurs, Ingres autant que Delacroix, Courbet et les paysagistes. Il connaît tous les anciens et leur fait la révérence. Il connait le fini autant que la liberté de la touche et les utilise en même temps dans ses toiles : le premier dans les personnages et la seconde dans la nature environnante. En cela il est bien de son temps, il n'est pas le sectaire d'une peinture "académique", c'est-à-dire bien léchée, comme il n'est pas l'extrémiste d'un art volontairement provocateur. Il appartient à la grande famille du juste-milieu apparut dans les années 1830 et qui fit tant d'émules. Doit-on pour cela lui jeter la pierre ?
Non ! Ne faisons donc pas de lui un génie incompris, ni un nul surestimé. Admirons ce qui doit l'être et avant tout un superbe petit tableau, qui permet, si besoin était, de le sauver du purgatoire de la peinture : La Communiante (1875), une symphonie en blanc et gris qui frappe les visiteurs de l'exposition et qui écrase les œuvres naturalistes volontairement sales auxquelles le peintre doit sa réputation.
Par ailleurs, on regrettera l'absence totale dans l'exposition de la mention de l'influence que Bastien-Lepage a eue sur un grand nombre de peintres étrangers et particulièrement des pays du Nord. De passage à Paris, ces peintres ont vu ses œuvres (certains étaient même ses élèves) et se sont approprié sa manière pour l'adapter aux thèmes de leurs pays respectifs. encore une fois, nul n'est prophète en son pays.
Il est encore temps d'aller jeter un coup d'œil à ce peintre qui définitivement le mérite.
Catalogue : 192 pages, 185 illustrations, 35 euros
Site internet : www.musee-orsay.fr
Pour en savoir plus : La Communiante de Jules Bastien-Lepage