page créée le 8 mai 2007
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Jules Bastien-Lepage,
La Communiante, 1975,
huile sur toile, H. 0,500 m ; L. 0,350 m
Tournai, Musée des Beaux-Arts
La jeune communiante est assise, en parfaite frontalité, face au spectateur. Elle le fixe de son regard étonnament inexpressif. Ses yeux et ses cheveux sont les seuls détails sombres de la toile. Sa peau (du visage, des poignets et des bras sous la gaze légère) est la seule apparition colorée. Tout le reste baigne dans un dégradé de blanc et de gris, autant sa longue robe de communiante que le mur duquel elle ne se détache que grâce à une technique consommée du camaïeu.
Elle a joint ses mains gantées sur son giron.
A cause de la sévère frontalité du sujet et de l'absence totale de décor, le regard du spectateur est livré à lui-même. Il ne peut échapper à cette présence dérangeante. Et, à l'opposé de celui, fixe, de la jeune fille, il passe de son visage monotone à ses mains, dans un va-et-vient incessant qui suit l'arrondi de ses bras. Car le détail des mains n'est pas innocent. Jules Bastien-Lepage ne les a pas peintes d'une manière aussi précise par hasard. Il veut que le spectateur y revienne toujours.
Venons-y donc ! Nous voyons immédiatement que les doigts ne sont pas croisés. Au contraire, ils s'effleurent légèrement les uns les autres, les pointes du pouce et de l'index de la main gauche contre le pouce et l'index de la main droite. De plus nous remarquons qu'au-dessous, ses genoux sont poliment serrés l'un contre l'autre.
Est-elle en train de croiser les mains ou, au contraire, de les décroiser, ou bien cherche-t-elle une contenance gênée et ne sait quoi faire de ses mains ? Toujours est-il que l'espace qui se crée entre les doigts apparaît comme une invitation au regard autant qu'il en est une interdiction. Une invitation qui est en même temps une interdiction ? Mais à quoi ? Ne jouons pas aux innocents effarouchés. C'est une invitation/interdiction à ce qui maintenant fait d'elle une femme et qu'elle désire cacher autant que montrer.
Bien qu'immaculée, et parce qu'immaculée, la jeune communiante offre à voir sa féminité. Nouvelle communiante, elle a abandonné le monde de l'enfance pour devenir une femme. Dès ce jour précis, elle est pleinement reconnu par Dieu et par la communauté des croyants comme une reproductrice dont le sexe, encore protégé, doit mettre au monde des êtres humains pour accomplir l'ordre divin d'accroissement et de multiplication.
Une fois qu'on a accepté cela, on remarque qu'en certains endroits, sa robe de gaze blanche aussi cache autant qu'elle montre : même montante, fermée sur le cou et tombante jusqu'aux poignets, le léger tissu laisse voir des parcelles de sa peau juvénile qui est aussi une invitation qui n'ose pas s'énoncer, une invitation aux délices de la chair.
Assise face au spectateur, vêtue de blanc, portant haut un diadème de perle posé sur un voile finement pudique qui tombe derrière ses épaules. Elle est la reine d'un jour dans sa famille mais elle est la reine éternelle pour le genre humain. Aujourd'hui, elle est l'incarnation de Marie la vierge qui n'attend que l'instant propice pour devenir la mère de Dieu comme de l'humanité. Cet instant sera celui où elle écartera les mains et les genoux pour s'offrir totalement à l'amour et à la vie.
Lire la critique de l'exposition Jules Bastien-Lepage à Paris