page créée le 18 janvier 2003
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Sàndor Bortnyik, Le nouvel Adam,
1924, huile sur toile,
Budapest, Magyar Nemzeti Gàleria.

!Avantgarden! Kunst in Mitteleuropa 1910-1930, Berlin, Martin Gropius Bau, 10 novembre 2002 - 5 février 2003.
        La période de l'entre-deux guerres est une époque fascinante où tous les pays d'Europe (avant le réveil des Etats-Unis) ont connu une soif de nouveauté dans la création artistique. C'est cette agitation passionnée et passionante que cette exposition se propose de montrer. Elle se cantonne à l'aire de l'Europe centrale (Yougoslavie, Hongrie, Roumanie, Tchécoslovaquie, Autriche, Pologne et Allemagne), laissant de côté la France et l'U.R.S.S. Mais, si ces deux grosses pointures ne sont pas exposées du moins leurs influences est-elle forte et bien reconnaissable. La France, centre artistique obligatoire depuis un petit peu plus d'un siècle à l'époque, joue un rôle de première importance grâce aux expériences formelles des cubistes reprises et prolongées dès 1912 par les peintres tchèques du groupe Skupina (Vincenc Beneš, Josef Capek, Emil Filla), par exemple ; mais aussi grâce aux expériences coloristes des fauves.
        De l'autre côté, c'est la jeune et trépidante U.R.S.S. qui influence grandement les artistes de tous ces pays. Cette nouvelle Russie où, jusque dans les années 20, toutes les expérimentations sont considérées comme possibles et où, en quelques années, l'abstraction est inventée et portée à son paroxysme (avec l'anihilation du sujet dans le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch). C'est ce désir de liberté porté par une idéologie prométeuse qui dépasse les frontières. Dans les années 1920, le constructivisme n'est plus seulement russe mais devient "international" comme il est proclamé lors du Congrès de l'union des artistes progressistes internationaux (Kongress der Union internationaler fortschrittlicher Künstler) à Düsseldorf en mai 1922.
        Ce jeu d'influences entre les pays se fait bien évidemment par le déplacement des artistes qui fuient un régime ou cherchent ailleurs une atmosphère propice à leur création. La réalité de cet exil, forcé ou voulu, se voit dans leurs oeuvres où se mélangent un désir de nouveauté, bien proche de la tabula rasa, et des réminiscences plus ou moins conscientes des arts populaires de leur pays d'origine.
        Mais les influences se font aussi grâce à la publication de revues qui passent de mains en mains : tous les grands centres artistiques de l'Europe centrale connaissent de telles publications (Tank à Ljubljana, MA à Budapest, Der Sturm à Berlin...) mais aussi grâce à la reproduction photographique (quand la photographie elle-même connait, entre les mains d'un Moholy-Nagy, une émancipation extraodinaire) et au film (qui connait lui aussi les mêmes progrès et dont de précieux exemples sont projetés dans l'exposition). D'ailleurs ces artistes ne se réservent pas la seule expression picturale mais se donnent le droit de créer des sculptures, des objets d'art, du mobilier, des collages. Ils s'intéressent à l'architecture, à la typographie et regardent avec un oeil neuf le monde en mutation qui les entoure.
        Je n'aurais que des louanges à faire à propos de cette exposition qui, comme de nombreuses autres depuis quelques années, à l'étranger bien entendu mais aussi en France (ne serait-ce que par les expositions temporaires du musée d'Orsay), prouvent que le "francocentrisme" n'est pas de mise et que les influences, même si elles émanent en gande partie de Paris, connaissent dans chaque pays une adaptation spécifique due à une culture différente et à leur confrontation avec à des influences venues d'ailleurs. En effet, dans les salles de cette exposition, nous n'avons pas sous les yeux des copies plus ou moins conformes des recherches plastiques des artistes intallés à Paris (je n'emploie pas le mot parisiens à dessein !) mais des oeuvres véritablement innovatrices originales et spontanées. Je regrette tout de même que l'exposition se finisse en queue de poisson et qu'il faille revenir sur ses pas pour en sortir. A vouloir trop en montrer (le Martin Gropius Bau ne présente pas moins de quatre expositions temporaires en même temps ! Et les avant-gardes de l'Europe centrale doivent partager un étage avec les sculptures du musée de Dresde sauvées des eaux), cela finit par gêner la bonne présentation des oeuvres d'art et donner une désagréable impression au visiteur.
Catalogue, en allemand, 140 pages, 14,50 euros.
site internet : www.martingropiusbau.de (en allemand)

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