page créée le 25 octobre 2002
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Paul Chenavard, Portrait de Mme d'Alton-Shée,
1863-69, huile sur toile, H. 0,610 ; L. 0,510 m,
Lyon, Musée des Beaux-Arts

        Valentine d'Alton-Shée, née Marquaire, est la femme d'Edmond d'Alton-Shée, duc et pair de France. C'est à l'occasion de leur mariage le 31 mai 1856 que le couple commande cette œuvre à leur ami Paul Chenavard (comme le prouve le blason de la famille d'Alton-Shée, en haut à droite). Cependant, le peintre prend son temps pour la réaliser et semble la terminer vers 1869. Entre temps, c'est une version au pastel qui est exposée dans le salon des d'Alton-Shée, côte à côte avec un autre portrait exécuté par Chenavard, celui de Caroline Jaubert, soeur d'Edmond d'Alton-Shée et maîtresse d'Alfred de Musset puis de Chenavard lui-même.
        Ces deux portraits sont symptomatiques de l'esthétique du second Empire. A cette époque, après la loi rigide du Néo-classicisme et les violences du Romantisme, on redécouvre les charmes de l'art du XVIIIe siècle. Ainsi la tendre réalisation de portraits au pastel revient-elle à la mode, en parallèle avec une production toujours constante de versions peintes. Par ailleurs, à l'instar des portraits du siècle précédent, ils sont présentés dans des cadres ronds ou ovales qui concentrent l'attention sur la personne représentée. Ces portraits sont demandés par la bourgeoisie que le nouveau régime sait contenter.
        Dans le Portrait de Mme d'Alton-Shée, le visage est délicatement modelé par une lumière pourtant forte, qui laisse de larges parties dans l'ombre. Cette lumière est le guide de l'oeil pour découvrir le tableau. Elle le mène depuis le front du modèle, sur l'arrête du nez, laissant les yeux rêveurs dans la pénombre, puis sur les lèvres timidement ouvertes, sur le menton rond à la secrète fossette, puis dans le cou et sur la fine fourrure du vêtement qui tombe gracieusement en encadrant doucement la gorge. C'est là, sur cette gorge dévoilée, que la lumière est à son plus fort. Elle ruissèle sur la peau et en explore toutes les parcelles, au grand délice du regard.
        Cette lumière sensuelle accentue le modelé, moyen de création que Chenavard privilégie après 1851 dans ses œuvres d'art, au détriment de la couleur et de la ligne. Elles sont en effet bien rares les couleurs dans ce portrait. D'une façon étonnante, elles sont les plus vives dans le blason des d'Alton-Shée ; ailleurs, le peintre n'utilise qu'un dégradé de gris et de brun.
        Ainsi, malgré l'impression d'exception qu'elle confère dans la carrière de Chenavard, cette toile montre pourtant les recherches esthétiques qui préoccupent l'artiste depuis ses débuts artistiques, à savoir donner la primauté au modelé pour faire comprendre plus facilement au spectateur le sens de la scène figurée, mais néanmoins savoir exprimer, comme dans ce portrait, la forte sensualité de son modèle.

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