page créée le 18 octobre 2002
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Elections allemandes : La Bataille des affiches

        Il a été dit que la campagne pour l’élection du nouveau chancelier allemand de cette année 2002 avait été d’un genre nouveau en ce que les deux principales formations politiques ont mis en avant un seul homme, Edmund Stoiber pour la CDU et Gerhard Schröder pour le SPD. Le duel télévisé du dimanche 8 septembre, le premier de ce genre dans l’histoire de la politique allemande, a pu, de ce fait, être considéré comme symptomatique.
        Mais le face à face a aussi eu lieu dans les rues des villes allemandes par l’entremise des affiches électorales. A ce propos, et il s’agit encore d’une nouveauté, les partis avaient décidé de présenter tout au long de la campagne une succession de placards, dont le but était de donner à l’habituelle bataille des affiches un côté plus vivant, voire ludique.
        Ainsi, au début du mois d’août, sont apparues les premières grandes affiches des deux grands partis allemands. A droite, Stoiber était montré discutant avec Angela Merkel, présidente du parti et candidate déçue à la candidature. Tous les deux étaient vus en gros plan, le sourire aux lèvres, comme deux vieux amis qui se racontent la dernière à la fin d’un repas. Le slogan de cette affiche explicitait la photo : « Ensemble pour l’Allemagne. » En effet, la CDU, devait oublier les vieilles querelles et les deux têtes du parti devaient se battre ensemble pour l’accès à la chancellerie. A gauche, au contraire, Schröder jouait la carte du cavalier seul et surtout du sérieux en se faisant représenter dans son bureau en train de signer un papier de toute évidence très important, présenté par un collaborateur dont l’anonymat mettait en valeur la personnalité du chancelier. Le slogan était lui aussi très sérieux : « Moderniser l’Allemagne veut aussi dire pour moi, maintenir la justice sociale et l’étendre. »
        Avec ces deux affiches, le décor était planté et les deux camps avaient choisi leurs personnalités et leurs armes : le patriarche sérieux pour Schröder, l’oncle de fin de banquet pour Stoiber. Deux images, on en conviendra, qui ne leur va pas comme un gant, ni à l’un, ni à l’autre.
        Quelques semaines plus tard, les Allemands ont vu apparaître une nouvelle affiche pour chacun des deux partis. D’un côté, Stoiber avait évincé Merkel. Il regardait alors vers le lointain, les yeux embués et toujours le sourire en coin. Le slogan précisait la pensée du candidat : « La voie est claire, vers le haut. » ce qui peut vouloir dire beaucoup de choses et surtout la vérité suivante : « La voie est libre et c’est moi le chef. » De l’autre côté, Schröder continuait à crouler sous le travail : dans sa voiture de fonction, il téléphonait à une personne très importante de toute évidence. D’ailleurs, beaucoup d’Allemands ont bien cru que le chancelier se tuait à la tâche puisqu’il semblait tenir son téléphone portable à l’envers, les touches et l’écran vers l’extérieur. Mais ce qui semblait être une marque de grosse fatigue n’était en fait qu’une volonté de montrer son attrait pour la modernité : ce téléphone, qui n’est pas un portable mais un téléphone de voiture (on aperçoit le câble), est du dernier cri. Pour sa part, le slogan annonçait une vérité chère au SPD : « Tout ce qu’un être humain peut apprendre est son affaire. Qu’il ait la possibilité de le faire est la nôtre. »
        Encore plus tard, deux nouvelles affiches ont été collées sur les panneaux publicitaires. Dans le camp de la CDU, on jouait décidément le jeu de l’abstraction puisque le protagoniste avait complètement disparu de l’affiche. Celle-ci était remplie d’un bleu horizon d’où se détachait en blanc le slogan « le temps pour les actes. » Au SPD, rien de tout cela, la campagne électorale n’empêchait pas Schröder de continuer son métier et le voilà montant prestement dans un jet privé, en route pour une réunion de toute évidence très importante. Le slogan était sur le modèle des précédents, toujours rebutant : « Nous investissons dans l’éducation et la recherche, parce que des nouvelles idées naissent de nouveaux emplois. »
        Enfin, quelques jours avant les élections, deux dernières affiches ont fait leur apparition, véritables points d’orgue de la campagne. Contrairement aux précédentes, elles se ressemblaient beaucoup toutes les deux, autant dans le fond que dans la forme, à une seule petite différence près… A droite, Stoiber était revenu de ses rêveries. Vu en plan américain, il était à l’extérieur devant le Reichstag, siège du Bundestag, dont on reconnaissait la nouvelle coupole moderne, symbole de l’Allemagne réunie et tournée vers le progrès et l’avenir. Il souriait de la manière particulière dont il sait sourire, c’est-à-dire toujours un peu forcé. Le slogan se voulait un résumé des capacités politiques du candidat : « Compétence pour l’Allemagne ». A gauche, Schröder était vu en plan américain, se détachant sur une partie de la coupole du Reichstag, vue de l’intérieur. Il souriait aussi mais ce sourire ne le rend pas plus sympathique que son adversaire. Le slogan, cette fois-ci, était concis et résumait aussi tout ce qu’il a dit sur les autres affiches : « Un chancelier moderne pour un pays moderne ».
        A-t-on noté la différence entre les deux photographies et le message qu’elles insinuaient ? D’un côté Schröder retrouvait sa place sous la coupole du Reichstag et Stoiber restait à l’extérieur, les pieds dans la gadoue du chantier de la Platz der Republik, d’où la photo de la dernière affiche est prise.
        Ces deux derniers placards, publiés après le duel télévisé du 8 septembre, se voulaient-ils une prémonition des résultats du 22 septembre, jour des élections ? C’aurait été faire preuve de beaucoup d’optimisme de la part du SPD et de Gerhard Schröder de croire qu’un simple face à face d’affiches électorales pouvait donner le petit coup de pouce qui leur manquait. Et si le SPD a certainement gagné le concours des affiches les plus rébarbatives face à celles de la CDU qui sentaient bon le temps libre, d’autres affiches de ce même parti étaient aussi visibles dans les rues et rappelaient que le chômage a progressé durant les dernières années et que les ministres du gouvernement s’en sortaient plutôt avec des bosses qu’avec des lauriers.

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