page créée le 25 octobre 2002
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Paul Chenavard, Brutus condamnant ses fils, 1849-1853, H. 4,50 m ;
L. 3,80 m, lavis brun de terre de Cassel, lavis noir de fusain sur toile,
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Dans
cette œuvre, Paul Chenavard représente un thème chéri
du néo-classicisme républicain : Brutus condamnant à
mort ses deux fils. Cet épisode de la république romaine
est en effet un exemple extrême de sagesse et de raison pour toutes
républiques : les deux fils de Brutus, Titus et Tibérius
ont participé à une conspiration contre l'Etat menée
par la famille des Vitellii. Démasqués, ils sont condamnés
à mort par leur père qui assiste stoïque à leur
exécution.
Bien entendu, à
l'époque de Chenavard et jusqu'à nos jours, la représentation la plus connue de cet épisode
est celle qu'en donne Jacques-Louis David en 1789. Mais, si ce peintre choisit de montrer
Les Licteurs rapportant à Brutus les corps de ses fils
(Paris, Musée du Louvre), Chenavard, pour ne pas trop forcer
la comparaison, préfère figurer le moment de
l'exécution, que David avait finalement rejeté après
avoir hésité.
L'influence néo
classique est bien visible dans la scène de Chenavard : la recherche
d'une grande lisibilité malgré la présence de nombreux
personnages, la prédominance des lignes droites verticales et horizontales,
la présentation de tous les sentiments qu'inspire l'action : de
l'intransigeance du personnage de dos au premier plan jusqu'aux pleurs
de la mère en passant par la résolution triste de Brutus
et la demande de pitié du fils, alors que son frère est
déjà décapité à ses côtés.
Pour mettre en scène sa composition,
Chenavard s'inspire aussi certainement du Martyre de saint Symphorien (Salon
de 1834, Autun, cathédrale Saint-Lazare) d'Ingres et principalement
dans la représentation de la mère éplorée
sur une hauteur d'architecture surplombant la scène. Toutefois, il donne
à ce personnage des proportions normales, quand Ingres l'avait
représentée avec une aberration de la perspective, ce qui
avait été violemment moqué (causant par là
son refus ultérieur d'exposer au Salon).
Dans sa toile, Chenavard
fait donc un parallèle entre une scène républicaine
et une scène religieuse. Nous comprenons ainsi le message général
qu'il exprime dans sa décoration du panthéon : la République
connaît elle-aussi des scènes de martyre (Brutus est bien
évidemment ici le vrai martyr de sa propre conscience). La République
est comme une nouvelle religion dont le dieu s'appelle Raison. Mais à
l'inverse des révolutionnaires de 1789 - dont faisait partie David -
il n'oublie pas l'autre part du sentiment humain, l'Amour, que le dieu
des religions révélées insuffle à toute sa
création. En cela, Chenavard s'inscrit dans l'actualité
philosophique de son temps, où l'alliance de la Raison et de l'Amour
est l'un des principes majeurs.
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